vendredi 5 décembre 2008

Le Livre de la Jungle

J'avais oublie combien j'aimais la montagne. J'ai finalement passe a Munnar nettement plus de temps que prevu, mais ca en aura largement valu la peine.

J'ai eu la chance d'y rencontrer Mano, un guide de montagne pas comme les autres. Il est originaire d'une famille de 7 enfants, manifestement tres pauvre, car il n'a ete scolarise que jusqu'a l'age de 10 ans. Sa vie a bascule quand, dans les annees 80, une Americaine un peu excentrique a debarque dans son village perdu au milieu de nulle part. Ils sont tombes amoureux et elle est reste la pendant 6 ans, jusqu'a ce que, enceinte, elle lui demande de l'accompagner pour vivre avec elle aux Etats Unis. Il a alors gentiment decline l'offre, refusant d'abandonner ses vieux parents et sa famille. Elle est repartie seule. On s'est alors empresse de le marier a une fille du village... Mais en attendant, il avait appris des rudiments d'anglais et, surtout, la maniere de penser des Occidentaux.
Nous avions convenu d'un trekking de 3 jours, au cours duquel nous logerions dans sa famille. En derniere minute, un pseudo-philosophe Suedois qui passait par la s'est joint a nous. Mutique le matin, volubile a midi, logorrheique le soir, son elocution augmentait de maniere exponentielle, rapport au nombre de petards qu'il fumait tout au long de la journee.

La region est splendide. Munnar, ancienne station climatique, perchee a 1800 metres d'altitude, est entouree de plantations de the. La région est d'ailleurs l'un des premiers centres de production de thé au monde. Dans ce relief escarpé et sur des centaines d'hectares, les plantations de thé ressemblent à d'immenses mosaïques vertes soigneusement entretenues.

Détenue principalement par le géant indien TATA, l’industrie fait travailler 30 000 personnes, soit la moitié des habitants de la region. Il faut planter, tailler, faire la cueillette, secher les feuilles, les trier, les broyer, puis empaqueter le tout et l'expedier aux 4 coins du monde. Nous avons passe la premiere journee de trek au milieu des plantations. Un spectacle inoubliable.

Nous avons, la premiere nuit, ete accueillis dans la belle-famille de Mano. A vrai dire, je n'avais pas compris que nous passerions la nuit la et non pas chez Mano lui-meme (ou se trouvait mon sac a dos, avec toutes mes affaires!). Heureusement, j'ai en permanence dans le petit sac a dos qui ne me quitte jamais un kit de survie -ideal dans ce genre de situation: un stick anti-moustique, une lampe frontale, un tube d'ecran total, une paire de boules Quies, un bon bouquin, un petit canif et une paire de chaussettes pour le froid.

La maison fait partie d'un petit hameau qui me fait penser au village que decouvre Mowgli, dans le Livre de la Jungle. De petites huttes au toit de chaume, entourees d'une foret luxuriante ou des singes se balancent de branche en branche. Les femmes portent sur leurs hanches de petits bebes ou de lourdes jarres d'eau. Le soir, autour du feu, Mano nous raconte des histoires d'elephants et de tigres mangeurs d'enfants. La maison compte 3 pieces: une grande, une petite, et la cuisine. Pas d'electricite, pas d'eau courante, on cuisine au feu de bois.
On mange assis sur des nattes, avec les doigts de la main droite. Pas evident au debut -surtout le riz- mais a force d'en mettre partout on apprend tres vite.
Dans la repartition des chambres, j'ai ete relativement chanceuse. On m'a installee dans la petite piece, avec la grand-mere. Le malheureux Suedois a, lui, herite du reste de la famille (dont le bebe qui a pleure toute la nuit). J'ai dormi a meme le sol, tout habillee, pelotonnee dans une grosse couverture qu'ils m'avaient pretee. Il faisait glacial.
Le matin, la vieille et moi nous sommes levees a l'aube pour preparer le petit dejeuner pour toute la famille: des dosas (crepes a la farine de lentilles) avec un dhal qui aurait ete delicieux si elle n'y avait genereusement ajoute 6 piments et une bonne vongtaine de gousses d'ail. C'est la que j'ai regrette de ne pas avoir ajoute, dans le kit de survie, une brosse a dents...

Apres avoir embarque les restes du petit dejeuner pour le pic-nic, nous sommes repartis, vers les villages "de tribu" comme ils disent ici. La majorite d'entre eux ne sont accessibles qu'a pied. Ils n'y avaient plus vu un blanc depuis plus de 6 mois. Les enfants nous accueillent en hurlant de joie, "Blancs, blancs!", ils sont tout fous. Les plus petits d'entre eux se balladent tout nus. C'est encore plus precaire qu'au Nepal. Il n'y a pas de toilettes, meme pas un trou. C'est incroyable de voir ca a seulement un jour de marche d'une ville comme Munnar.
Entre les villages, de gros travaux sont effectues, principalement des bassins pour recueillir l'eau durant la saison des pluies. Des centaines d'hommes et de femmes creusent, armes de pelles, de sceaux et de bassines. Pas de pelleteuse, tout est fait a la main. C'est tres impressionant.

Malheureusement, ce deuxieme jour, apres 5 heures de marche et deux joints bien charges, la lopette suedoise a declare forfait. Il ne voulait plus entendre parler de trekking. Pas moyen de le faire changer d'avis. Nous n'avons donc eu d'autre option que de rebrousser chemin. Comme c'etait encore trop dur, des le village suivant, nous avons embarque dans un camion tout colore, comme on pourrait en voir dans les dessins animes, d'autant que celui-ci transportait une cargaison de chou puant. Il nous a deposes juste devant la maison de Mano, ou ses trois enfants nous accueillis, tout contents de nous voir rentrer un peu plus toit que prevu.

Malgre un petit gout de trop peu, j'y ai passe une super soiree, a discuter avec son epouse, pendant que les enfants me montraient leurs cahiers et leurs dessins. Sur la photo, on peut voir que la petite fille a de gros points noirs dessines sur le visage. C'est une pratique courante ici, afin de rendre les enfants moins beaux qu'ils ne le sont en realite, histoire de ne pas s'attirer la jalousie du mauvais oeil.

Le troisieme jour, nous avons abandonne a son triste sort notre compagnon, pour parcourir le parc national un peu plus loin. Nous avons eu la chance d'y voir des bisons, plein de singes, mais surtout 4 gros elephants avec leurs 2 petits. C'est vraiment fascinant de les voir dans leur element naturel, detruisant arbres et chemins sur leur passage -meme si ca fait un peu peur aussi...

Ce trekking m'aura fait le plus grand bien. Le fait de passer autant de temps avec un Indien hors du commun m'a aussi appris plein de choses que je ne savais pas encore sur les us et coutumes locaux, principalement la situation de la femme et la vision qu'ont les Indiens des Occidentaux. Tres interessant, pas toujours rejouissant...

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