samedi 29 novembre 2008

Fort Cochin


Kochi (ou Cochin, ou Fort Cochin) est une ville pas comme les autres. Elle est formee de toute une serie d'iles, reliees entre elles par des ferries. C'est ici qu'est concentree une grande partie de l'activite culturelle du Kerala, et, au detour d'une ruelle, il n'est pas rare de tomber sur une petite galerie d'art, avec expositions de photos, de peinture et d'art pictural parfois tres avant-gardiste... Tous les soirs, on peut assister a des concerts de musique classique ou a des spectacles de danse. Partout, de petits cafes branches, ou l'on sert des plats bio a l'occidentale : quiche aux epinards, toasts de pain complet, gateau aux carottes, etc etc. Un vrai plaisir.
Mais Kochi, c'est aussi le plus grand port du Kerala. Des camions debordants de marchandises debarquent sacs de the, d'epices ou de piments qui seront ensuite charges sur de gros containers. Dans le port, des pecheurs vendent leur poisson, que l'on peut ensuite faire cuire, a sa mode, dans un des petits restos le long de l'eau. Entre les iles circulent d'immenses cargos et, au large, on apercoit meme des navires de guerre. Il y a une ambiance du tonnerre.

C'est ici, sur la Cote de Malabar, qu'a debarque, en 1502, Vasco de Gama. La ville, auparavant, avait deja ete decouverte par les Chinois et les Arabes qui y ont laisse quelques traces (entre autres les immenses filets de peche -carrelets-, toujours presents, manipules par 5 a 8 hommes a la fois, et qui sont l'embleme de la villle). Une grosse communaute juive, fuyant les persecutions, y avait aussi trouve refuge. Tres vite, les Portugais, realisant la richesse de la region, et avec l'appui des Rajas du coin, y ont ouvert un comptoir. Par la suite, ils ont entame une grande campagne de christianisation, qui a d'ailleurs ete fort efficace. La majorite des Juifs se sont enfuis (!) et actuellement, 20% de la population du Kerala est chretienne. Partout, d'ailleurs, fleurissent de petites chapelles, tout aussi kitsch que leurs temples hindous. Au 17eme siecle, ce sont les Hollandais qui prennent le controle de la ville suivis, 150 ans plus tard, par les Anglais. On trouve donc des temples hindouistes, des palais hollandais, des eglises et une maison du cure, des restos chinois, une charmante synagogue au milieu du quartier juif, et le matin, on est reveille par le chant du muezzin. Ces vagues successives ont permi un essor exceptionnel de la ville qui est devenue l'un des plus grands centres du commerce d'epices.
Autant dire que la ville est riche, culturellement, architecturalement, et riche tout court!
Il y regne une ambiance comme nulle part ailleurs en Inde, tellement relax... J'ai adore me ballader dans le port, assister au chargement de ces enormes sacs d'epices, aller d'ile en ile dans les ferries, explorer la plage deserte, boire un bon cafe avec des petits biscuits, flaner dans les expos, prendre le temps de parler avec les Indiens des attentats de Bombay. Une bonne bulle d'air et de chaleur avant d'affronter le "grand froid" des plantations de the et d'epices. J'espere y faire un peu de trekking, voire visiter un ou deux parcs nationaux (pour voir des elephants ou meme un tigre!), ca dependra de mes rencontres. Pas de nouvelles avant quelques jours donc!

vendredi 28 novembre 2008

Emotions...

J'ai passe une apres-midi vraiment bizarre. On se serait cru dans un film d'Almodovar.

Ce midi, j'ai croise une Espagnole avec qui j'avais suivi un cours de cuisine a Varkala. Elle etait dans un etat pas possible, car elle venait de recevoir un sms annoncant l'enterrement de son ancien amoureux d'ici une semaine. Rien de plus. L'horreur. Et manifestement, meme si c'etait son ex, ils etaient encore tres tres proches, et elle le considerait toujours comme etant l'homme de sa vie.
Avec le decalage horaire, impossible de joindre qui que ce soit. Elle etait completement paumee, mais tres courageuse en meme temps. Le pire c'est qu'elle n'avait aucune information, elle ne savait pas ce qui etait arrive, et elle etait toute seule ici... Completement sous le choc. Elle a tout essaye, elle a appelle partout, meme les pompes funebres et le crematorium, personne ne pouvait lui en dire plus. Au bord de la crise de nerfs.
Que peut-on dire dans de telles circonstances?
Sa tristesse et son angoisse ont deteint sur moi, forcement.
Et puis finalement, elle a recu un autre sms.
C'etait une blague. Une BLAGUE!!! Il lui avait fait croire lui-meme qu'il etait mort!
Autant dire que son ex, il peut toujours rever, elle ne reviendra plus. Enfin, j'espere...

Alors ca en plus des attentats a Bombay, ca fait beaucoup... Il y a un climat de grande tristesse, ici. Je suis tellement desolee pour ces malheureux Indiens qui realisent que les touristes vont avoir peur de venir en Inde, et couper ainsi une enorme partie de leurs revenus. Pour eux, ces attentats, c'est une veritable catastrophe. Ils sont tristes, revoltes, indignes. Se sentent injustement punis. Alors que Bombay est a pres de 2000 km d'ici. C'est comme si les attentats de Madrid empechaient un Indien de venir a Bruxelles!

A eux non plus, je ne sais pas trop quoi dire...

Mais une fois de plus, je me dis que j'ai beaucoup de chance, et que, ces temps-ci, l'herbe est plus verte dans mon jardin que chez n'importe qui d'autre...


La journee avait pourtant bien commence...
J'ai explore ce matin les fameux backwaters, qui sont une serie de canaux, de lagunes, de lacs et de rivieres d'eau saumatre, formant un reseau de pres de 1500 km a travers le Kerala. Ils ont été constitues, naturellement et artificiellement, par l'action des vagues de la mer d'Oman, puis par les habitants, qui les ont mis a profit pour developper un systeme de transport et de vie tout court. Plutot que l'option touristique, dans un bateau tout propre rempli de blancs avec un appareil photo, j'ai opte pour la version locale : le ferry. J'ai fait le calcul, ca me revenait 350 fois moins cher! Deux heures et demi de bateau a travers la mangrove, les petits villages et les rizieres, c'etait vraiment magnifique. Avec tous les petits canaux et les arbres plantes au bord, il y a meme des moments ou ca ressemble a la route entre Bruges et Damme... Ici, on vit sur d'etroites bandes de terre, larges parfois de quelques metres a peine. Mais malgre ca, ils parviennent a elever vaches, cochons, poulets, et a cultiver de minuscules potagers. A perte de vue, tout autour, des rizieres. La mangrove envahit les canaux eux-memes, leur donnant une jolie couleur verte, et les lacs sont bordes de palmiers. ca et la, des bancs de nenuphars et de jacinthes d'eau ponctuent le vert d'un peu de rose. Des milliers d'oiseaux s'envolent a notre passage. On dit meme que des crocodiles peuplent certaines zones... En chemin, on assiste au chargement des noix de cajou et de coco, sur de grosses peniches. Parfois, on croise meme une embarcation traditionnelle, avec d'immenses voiles et une proue sculptee.

Le Lonely Planet ne s'etait donc pas trompe... C'est peut-etre bien une des 10 choses a voir dans une vie...

mercredi 26 novembre 2008

Bain de boue

Si le Kerala est repute pour ses Backwaters, ses plages inexplorees, ses plantations de the et d'epices, il l'est tout autant pour ses therapies ayurvediques, ses cours de yoga, de reiki, de taichi, pour ses massages divers, ses bains d'algues ou de lait de coco et ses oins corporels en tous genres...
C'est neanmoins a un bain de boue que j'ai eu droit...
Depuis quelques jours deja, le ciel se faisait souvent menacant, avec des pluies diluviennes qui survenaient a n'importe quel moment, mais ne duraient en general que quelques heures. Certains parlaient neanmoins de mousson tardive... En quittant Auroville (via Pondichery), cependant, la pluie, cette fois, ne s'est pas interrompue. En embarquant dans le bus, j'etais deja trempee. Avec les trous dans sa carcasse rouillee et ses fenetres non hermetiques, ca n'a fait qu'empirer. Ca degoulinait litteralement a l'interieur. Au bout de 2-3 heures de pluies torrentielles, nous avons fini par nous arreter. La route etait impraticable. Noe dans son arche ne devait pas avoir une vision tres differente de celle que j'avais depuis la fenetre; des torrents de boue devalaient la rue, emportant tout sur leur passage, les rares passants avancaient peniblement, de l'eau jusqu'aux cuisses, et des objets les plus divers derivaient au gre du courant.
Apres 45 minutes de ce spectacle, le bus a pu redemarrer. Nous avons au bout du compte mis 24 heures pour arriver au lieu de 14. Je commence a avior l'habitude. Et on est arrives indemnes. J'etais finalement plutot contente. Par contre, quand j'ai voulu recuperer mon sac a dos, j'ai realise l'etendue du drame... La boue avait submerge la soute du bus, et mon sac a donc baigne durant une bonne vingtaine d'heures. Tout avait trempe dans cette fange immonde : mes vetements bien sur, mais aussi mes livres, les cadeaux que j'avais achetes, la trousse de toilette, la moustiquaire, mes chaussures, meme ma pharmacie. Un desastre de crasse et de puanteur. Sans compter l'etat du sac lui-meme... Une bonne partie de son contenu a vole directement a la poubelle. Ce sera deja ca en moins a trimballer. Le reste, trois jours plus tard et apres deux recurages intempestifs, seche petit a petit mais sent toujours aussi mauvais.
Heureusement que ca survient maintenant. Il y a deux mois, j'en aurais ete malade. Maintenant, meme si ca m'a fait franchement raler, je relativise, et ca m'a meme valu un fou rire avec ma nouvelle copine (une Hollandaise super chouette, rencontree apres avoir laisse a Auroville l'Espagnol avec qui j'aurai voyage pres de trois semaines).
Je suis maintenant au point le plus austral de mon periple, a Varkala, dans le Kerala. Plage de reve, au bas d'une falaise impressionnante, bungalows sous les cocotiers, plein de restos, quelques pecheurs, beaucoup de touristes. C'est loin de l'Inde authentique comme on l'imagine a priori. Parfait pour trois jours. Plus, ca devient monotone... Il me reste donc un gros mois pour retourner a Delhi. Je compte remonter peu a peu la cote Ouest, vers les Backwaters (le Lonely Planet dit que c'est une des 10 choses a voir avant de mourir... Quelqu'un connait les 9 autres?), puis Fort Cochin. Un petit peu de trekking dans l'arriere-pays, entre les plantations de the et d'epices, puis les villes sacrees de Mysore et Hampi, et retour vers les plages inexplorees de Gokarna avant d'affronter celles, nettement plus animees, de Goa, pour finir a Bombay ou je compte arriver vers le 17 decembre. Pour Noel, j'ai longtemps hesite, mais finalement, j'ai decide de retourner a Calcutta. Il est evident que je me serais mieux amusee a Goa, a deguster des brochettes de gambas puis faire la fete toute la nuit sur la plage, mais je pense que j'aurai eu mon compte de bonnes choses et de plaisirs futiles. Et puis, s'il y un jour par an ou l'on peut donner un peu de sa personne, c'est bien a Noel. Je serai bien plus utile dans les bidonvilles qu'autour d'un feu de joie. Par contre, afin d'eviter de traverser l'Inde part en part a deux reprises en une semaine, je me suis offert le luxe de faire le trajet Bombay-Calcutta (le 21/12) puis Calcutta-Delhi (le 28/12) en avion. Ce ne doit pas etre un calvaire non plus... A Delhi, j'aurai un peu plus de 24 heures, peut-etre en profiterai-je pour faire un detour par Agra et voir enfin le Taj Mahal? Sinon, j'aurai au moins un bon pretexte pour revenir...

mardi 25 novembre 2008

Comme quoi...

Mon appareil photo a disparu!
Completement exaltee par Auroville, et encore plus par la petite boutique de biscuits maison le long de la route, j'en ai oublie mon appareil photo, accroche au guidon de mon velo.
Quand j'y suis retourne apres quinze minutes, il n'y etait bien sur plus...
Mon appareil que j'aime tant, mais surtout, pres d'un mois de photos, envoles...
Completement desesperee, je regarde autour de moi, et manifestement mon desarroi devait se lire sur mon visage, car tout le monde me regardait. Des dizaines d'Indiens, et moi toute seule, sans ce qui me tenait le plus a coeur ici.
Quand tout a coup j'ai croise le regard de l'un d'eux.
Rien de particulier a lui reprocher, si ce n'est que sa tete ne me revenait pas. C'est ca, le delit de sale gueule?
J'ai soutenu son regard, puis suis alle lui parler. Je m'en foutais completement de l'accuser a tort, je voulais juste recuperer mon appareil photo.
Tres calmement (on apprend beaucoup, a force de voyager en Inde...), je suis alle lui parler, mine de rien. Je lui ai explique que j'avais oublie mon appareil etc etc.
Il m'a repondu que c'etait normal qu'il ait disparu, que de toute facon, je n'avais qu'a m'en prendre qu'a moi-meme, que dans un pays avec un milliard d'habitants aussi pauvres, il ne fallait quand-meme pas esperer le retrouver etc.
Il etait meme presqu'en train de m'engueuler.
J'allais riposter quand tout a coup, son visage a change. Il m'a fait un enorme sourire... et a sorti de sous son pagne mon appareil photo!
Il passait par la et avait vu la pochette. L'avait prise afin que personne d'autre ne se l'approprie. Puis avait attendu patiemment que je revienne. Il avait voulu me sermonner afin que je ne refasse pas la meme betise. Et moi qui l'accusais deja...
Je n'ai pu m'empecher de l'embrasser.
Et suis retournee au magasin de biscuits en question, ou je lui en ai achete une bonne douzaine.
Je ne sais, au bout du compte, lequel des deux etait le plus content...

lundi 24 novembre 2008

Auroville, ville futuriste?

« Il doit exister sur Terre un endroit inaliénable, un endroit qui n'appartiendrait à aucune nation, un lieu où tous les êtres de bonne volonté, sincères dans leurs aspirations, pourraient vivre librement comme citoyens du monde… »
Telle est la devise d'Auroville.
Inaugurée le 28 février 1968, Auroville est unique: pas de religion, pas de nationalité pas de politique. Une poignée de terre amenée de chaque état indien, et de 175 pays du monde a ete placée dans une urne de marbre à la forme d'une fleur de lotus située au milieu d'un amphithéâtre représentant la naissance d'une cité dédiée à l'unité humaine et l'intégrité.
La ville a pour vocation d'être « le lieu d'une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ».
Dans ce petit bout de monde, on ne suit ni hiérarchie, ni chef, ni gourou. Par une loi non écrite, l'ancienneté confère toutefois une certaine autorité morale, voire quelques privilèges.
A leur arrivée, il y a 40 ans, hommes et femmes trouvèrent un site aride, sans eau. Ils creusèrent des puits et, pour faciliter le pompage, installèrent des éoliennes, un réseau d'évacuation et d'adduction d'eau, développèrent des activités artisanales et un centre de traitement informatisé… Ils y ont developpe une veritable base d'expérimentation en matière d'intégration sociale, de forestation, de préservation de l'eau, d'énergie solaire, de conservation des sols, d'architecture ecologique et d'agriculture organique.
Au centre d'Auroville se trouve le désormais presque achevé Matrimandir, une sphère géante de la hauteur d'une immeuble de 9 étages. C'est " l'âme d'Auroville" comme l'a appelé la Mère, fondatrice de la ville. La ville elle-meme, une fois achevee, devrait avoir la forme d'une spirale.
Il y a plus de 50 unités de production à Auroville engagées dans des activités aussi diverses que la production de bougies, d'encens, la fabrication de fromage, de poteries, de bijoux, de prêt à porter masculin et féminin, et d'articles de maroquinerie.
Elle abrite aussi divers types de logements pour les visiteurs, a court comme a long terme, allant de la hutte en paille aux hotels haut de gamme.
Quarante ans en arrière, personne ne se serait battu pour ce plateau aride, raviné par les moussons et balayé par les vents de sable. Plus de deux millions d'arbres et d'arbustes ont été plantés en quatre décennies, et le désert s'est mué en un paradis tropical.
A Auroville, on ne croise aucun panneau publicitaire, aucun vendeur de gadgets électroniques, de vêtements à la mode. Tout juste une banque en périphérie et quelques supérettes. La simplification de la vie quotidienne passe aussi par l'absence de tentations. Mais si la Mère rêvait d'atteindre cet idéal, la réalité est plus nuancée. Logement, éducation, soins médicaux de base, culture et activités sportives sont effectivement gratuits. Pour le reste, ceux qui n'ont pas de revenus touchent une maintenance de 5 000 roupies (environ 80 euros) par mois. Impossible néanmoins de se contenter de cette somme pour qui souhaite voyager ou payer des études supérieures à ses enfants...
Difficile de se forger une opinion en si peu de temps sur le bienfonde ou non de cette ville utopiste.
Concretement, il faut imaginer cela comme un enorme village bio. On s'y deplace principalement a velo, il y fait propre, tout est chauffe par panneaux solaires, chacun est souriant, semble heureux, les legumes proviennent de potagers geants, les poulets picorent dans les champs et tous les aliments sont certifies bio.
Si Auroville a ete tres critiquee (entre autres pour son cote sectaire), l'idee de base est fabuleuse, et il est incroyable que, 40 ans apres sa creation, le projet tienne toujours la route.
Et quoi qu'il en soit, nous avons decide d'en tirer le meilleur. Et on en a vraiment bien profite!
On a loue des velos avec lesquels on a parcouru des dizaines de km, a travers les petits villages, les grandes fermes et les champs a perte de vue. On a trouve une guest house digne de Trois Epis dans le catalogue des Gites de France, avec une mention speciale pour sa table d'hote et son petit dejeuner exceptionnel; pain complet, fruits du jardin, confiture maison, muesli bio, beurre demi-sel, the et cafe de qualite. Mieux qu'au Pain Quotidien, et presqu'aussi bien qu'a la maison... On a passe des heures a s'emerveiller devant les projets architecturaux plus fous les uns que les autres. J'ai neanmoins resiste a l'idee de m'installer la-bas pour cultiver mon petit lopin de terre, ou ouvrir ma propre table d'hote; il y a trop de choses qui m'attendent encore en Inde, et puis en Belgique... Dans 5 semaines je suis a la maison!
(Merci a Wikipedia pour certaines photos et extraits du texte...)

mardi 18 novembre 2008

Divine Mamallapuram


Quand Baptiste est venu me voir, en octobre, il avait dans ses bagages un Soir du samedi 11 octobre, avec son supplement Victoire. Au moment de jeter celui-ci apres l'avoir lu et relu, je suis tombee sur un petit encart dans l'article sur Johan Muylle, parlant des trois endroits qu'il preferait au monde. Il y evoquait une ile mysterieuse au Cap Vert, la maison de Pablo Neruda a Valparaiso, et le Nautilus, "une escale obligatoire pour tout routard ou visiteur de passage a Mamallapuram", dans le Tamil Nadu, proche de Chennai (Madras), dans le Sud de l'Inde.


Cher Johan Muyle, merci pour ton conseil!


Si le resto en soi n'est pas exceptionnel, on y sert neanmoins des tomates farcies et de la ratatouille, mais surtout, c'est la ville qui est idyllique.


La plage de plusieurs kilometres, deserte, est bordee de palmiers, et tout au bout se trouve un temple centenaire. Seuls quelques pecheurs s'y balladent, remontant leurs bateaux ou rangeant leurs filets. Le matin, j'y fais mon petit jogging, pieds nus, le long des vagues.


L'eau, contrairement a Puri, invite a la baignade, les vagues sont fortes sans l'etre trop, la temperature est ideale. Seul bemol, le port du bikini ne semble pas tres apprecie (ou au contraire, trop apprecie, c'est selon). Je n'ai donc eu d'autre option que de plonger en t-shirt et en short...
Comme si la mer n'etait pas assez grande pour se baigner, ils ont construit dans l'hotel a cote du mien une immense piscine. Grace a mon ami espagnol qui y reside, je peux la squatter quand je veux. Tout comme la plage, elle est immense, et deserte.

Partout, dans la ville, on trouve de petits temples, plus jolis les uns que les autres. Les rues sont jalonnees de restos franco-indiens (on est a deux heures de Pondichery, enclave francaise en territoire indien), ou l'on mange divinement bien pour rien du tout.

Que demander de plus, franchement?
Mais ou sont les touristes?

Personne ne connait donc ce petit coin de paradis?
Moi qui ai adore la maison de Pablo Neruda, j'ai ete enchantee par Mamallapuram.
Il ne me reste plus qu'a partir pour cette ile mysterieuse au Cap Vert...

Calamiteuse Visakhapatnam

Tout ne peut pas toujours etre parfait...
Pourtant, ce coup-ci, c'etait previsible. Qui a d'ailleurs jamais entendu parler de Visakhapatnam? Moi pas en tout cas... Meme le Lonely Planet etait tres discret. "Nous aimons particulierement Visakhapatnam pour ses plages kitch et ses grands bateaux" On aurait du comprendre...
Mais bon, apres quelques jours de glande a Puri mon hyperactivite legendaire a repris le dessus, et je n'en pouvais plus de rester la a regarder la mer sans rien faire. Chassez le naturel, il revient au galop...
Et pas de chance, il n'y avait aucun train pour Chennai (Madras) avant plusieurs jours. Nous avons donc decide, avec le dernier des Espagnols qui m'accompagne encore, de nous arreter entre les 2. Visakhapatnam semblait l'option ideale.
Malheureusement, la ville est tres eloiognee de la plage qui est sale de toute facon, les hotels sont plus crasseux les uns que les autres, les habitants pas tres sympas, et on a pas trouve le moindre restaurant correct. Comme si ca ne suffisait pas, la veille, un cyclone etait passe par la, et a sa suite il trainait des pluies diluviennes.
On s'est encourus apres 24 heures, mais on aura quand-meme eu le temps de faire une longue et belle ballade sur cette plage qui, avec ses lourds nuages gris, avait un petit air Breton. En chemin, nous avons croise des gardes-cotes qui nous ont bien fait rire avec leurs petits chapeaux de paille. C'est "Alerte a Malibu" a l'indienne, et d'autant plus inutile qu'ici personne ne se baigne! Heureusement, car je ne sais pas s'ils seraient d'un grand secours.
Durant notre promenade, on s'est fait accoster par un groupe de jeunes qui, tres poliment, ne s'adressaient qu'a mon compagnon. Quand il lui ont demande mon nom, il leur a dit, en me montrant du doigt "Ask her" (demande-lui!). Vu leur anglais tres moyen, ils ont cru que c'etait mon prenom. Me voila donc rebaptisee...
Moi qui aime tant voyager seule, je dois quand-meme avouer que ce coup-ci j'etais bien contente qu'on soit a deux. L'humour de mon compagnon d'infortune, associe a mon optimisme a tout epreuve nous ont permis de finalement franchement rigoler de cette etape qui aurait pu etre calamiteuse...

lundi 17 novembre 2008

Tranquille Puri


Puri, ses plages, son village de pecheurs, ses cocotiers...

Quel changement apres Calcutta!

Plusieurs types de voyageurs viennent ici: pelerins Hindous (la vile abrite un des plus grands temples du pays), vacanciers Indiens, touristes en mal d'air pur et joyeux hippies. Puri est a ce titre un des derniers veritables bastions hippies de l'Inde. Le faut que la marijuana soit en vente libre dans l'etat d'Orissa, dont Puri est la capitale, yu est certainement pour quelque chose...
Tout ce petit monde se retrouve en general le matin sur la plage pour la Puja (priere a la deesse du Soleil, cfr blog section Chhath Puja). Outre des fleurs de lotus, des colliers de tagettes et des noix de coco, on offre de petits bateaux de bambou a la deesse. C'est charmant.


Un peu plus loin, vers le village de pecheurs, les hommes rentrent les bateaux apres une nuit de peche. Ce ne sont a vrai dire que de freles pirogues, sans voile ni moteur, et dans la mer qui se dechainent, l'accostage se revele etre une veritable aventure. Un vieil homme scrute les vagues et fait signe aux pirogues quand c'est le bon moment pour se lancer.

A quelques kilometres de la, Konark, et son temple du Soleil, construit il y 800 ans. Une merveille perdue au milieu de nulle part, entouree d'un minuscule marche ou il fait bon prendre un the en savourant des douceurs d'ici : boulettes de lait cuit trempees dans du sirop de rose, mille feuilles un peu gras, ils font meme du cheese cake a base de paneer. C'est surprenant mais souvent pas mal du tout.
A part ca, il n'y a pas grand'chose faire, a Puri.
Et deguster du poisson frais sous une paillotte, les pieds dans le sable, face au Golfe du Bengale, ce n'est pas mal, en soi...

Le dernier soir, il a fallu faire les adieux aux Espagnols avec qui j'ai passe pres de 10 jours. Tandis que je descends avec l'un d'eux (qui est ici pour longtemps) vers le Sud, les autres remontent a Calcutta. J'ai une droit a une "despedida" (fete d'adieu) dans les regles de l'art: bieres fraiches, gambas grillees, musique de circonstance, et meme des petits cadeaux; boucles d'oreille, coquillages, dessins, messages, rien que des choses que l'on peut emporter et qui ne pesent rien. Ils sont trop supers, ces Espagnols. D'ailleurs, nous nous sommes deja fixe rendez-vous a Fuerte Ventura en juillet...
Le probleme, c'est qu'a force de rencontrer des gens supers du monde entier et de promettre qu'on va se revoir, il va me falloir a nouveau 3 mois de conge en 2009...

lundi 10 novembre 2008

Mere Theresa



J'avais pense passer deux jours a Calcutta, j'y suis restee plus d'une semaine.
Le boulot de volontaire chez les Missionaires de la Charite m'a passionnee. C'est tres tres dur, pire que ce que j'ai jamais vu ou fait, mais c'est une experience inoubliable.
La journee commence par une messe, a 6 heures, a la maison de Mere Theresa. Malgre mes convictions religieuses mitigees, ce sont des moments incroyables. Toutes ces soeurs en sari blanc raye de bleu, c'est tres emouvant. Il y regne une ferveur, une Foi, presque palpables. Elles viennent de partout, il y a de grandes Noires, de freles Asiatiques, de robustes Americaines, des Latinos trapues, quelques Europeennes et plein d'Indiennes. Il y en a de tres jeunes et de tres vieilles, et ont toutes decide de consacrer leur vie aux pauvres parmi les pauvres. Elles ne communiquent avec leur famille que par courrier postal. Une fois tous les 10 ans, elles ont le droit d'aller leur rendre visite. Le reste du temps, elles sont sous les ordres des Missionaires de la Charite, qui peuvent les envoyer du jour au lendemain n'importe ou dans le monde. Pauvrete, chastete, obeissance et devouement aux misereux regissent leur vie. Ca m'impressionne beaucoup.
Apres la messe, tous les volontaires dejeunent ensemble. Une banane, une tranche de pain sec, un the au lait. Il y a en general une tres bonne ambiance. Ici aussi, il y a des gens du monde entier; ces 3 meres de familles americaines, obeses; ce culturiste canariote, bras et jambes impeccablement bronzees et epilees, qui arbore fierement ses muscles surdeveloppes dans des marcels qui seraient beaucoup trop petits pour moi; ce couple d'Espagnols qui vient chaque annee, laissant aux parents le soin de s'occupper de leurs 3 gamins; cette Francaise, une vraie mordue, qui ne peut s'empecher d'a chaque fois plaquer son nouveau boulot en France pour revenir ici; ces deux infirmieres italiennes qui ne cessent de retarder leur retour a la maison at qui trainent ici depuis des mois, incapables d'abandonner le navire; il y en a des dizaines. Mais ceux qui m'impressionnent le plus, ce sont ceux qui ont plaque leur carriere, leur vie amoureuse, tout, pour venir vivre ici. Comme cet Italien, manifestement brillant, qui a tout abandonne. En rentrant une fois par an en Italie, et en vivant simplement, il a calcule qu'il pourrait encore tenir sur ses economies durant 3-4 ans. Ces gens travaillent comme des dingues, dans l'ombre, pour des causes completement desesperees. Quelle humilite. Et si les motivations de chacun sont differentes, parfois purement religieuses voire expiatoires, je ne peux que leur temoigner mon plus grand respect et mon admiration. On se sent tout petit, a cote de ce genre de personnages.
Apres le petit dejeuner, chacun va rejoindre son lieu de travail. Le matin, je suis a Prem Dan, un des plus grands centres a Calcutta. Il se trouve dans le quartier ou a ete tourne "La Cite de la Joie", pres de la gare de Park Circus, et accueille environ 500 patients adultes, semi-chroniques. Ce qui, concretement, veut dire qu'ils y restent relativement longtemps avant d'y mourir.
L'aile des homme et celle des femmes sont separees, tout comme les volontaires qui y travaillent.
Les hommes ont le droit d'aller dans la cour, mais pas les femmes. Elles ne sortent donc jamais. Elles sont reparties dans 2 immenses dortoirs ou s'alignent leurs petits lits de camp. Beaucoup y restent allongees toute la journee, trop faibles, trop maigres pour meme etre capables de s'asseoir. Les draps, comme les vetements, sont les memes pour tout le monde. Quand elles arrivent au centre (souvent de la rue, ou alors elles sont deposees devant la porte), elles sont recurees de haut en bas, et on leur rase la tete, pour eviter les poux (mais il y en a quand-meme, plein plein plein... Je sens que je vais revenir pleine de nouveaux amis!).
Quand nous arrivons, apres avoir mis notre petit tablier, on fait la lessive. Comme ils changent les vetements et les draps tous les jours, ca fait pas mal de boulot. Du travail a la chaine. Trois volontaires pour laver, 2 pour desinfecter, puis 6 aux 3 postes de rincage, 4 pour essorer et 4 pour pendre le linge.
En general, quand on en est a la moitie, on commence les pansements et les soins "medicaux" aux patientes. Je ne pouvais meme pas imaginer que de telles plaies pouvaient exister. Ca coule, ca pue, ca suppure, ca s'infecte, ca necrose, ca grouille de vers, c'est horrible. Les moyens dont ils disposent, tout comme leurs connaissances medicales, sont reduites au strict minimum. Quand on ne s'en sort plus, on coupe. Et on espere que l'infection ne montera pas plus haut. Parfois, aux patientes qui ne mangent ni ne boivent plus depuis qqs jours, on place une perfusion dans laquelle ne coule en general que du serum physiologique. Il y a bien un medecin indien qui vient, mais une fois par semaine pour 500 patients, ce n'est pas grand'chose.
Ce qui est inacceptable, c'est le manque de moyens qui fait que des gens, meme jeunes, avec une infection curable meurent, faute de moyens diagnostiques et therapeutiques. Ils meurent non pas de leur maladie mais de la misere dans laquelle ils vivent. C'est terrible.
Apres les soins, on a une petite pause pour le the entre volontaires. On souffle et ca fait du bien. Ensuite, on sert les repas. Du riz, et un curry de legumes. Pas de couverts, on mange avec les mains. Souvent il n'y a pas assez. Elles demandent plus et il faut dire non. Beaucoup d'entre elles ne savent pas manger seules. Il faut les nourrir (a la cuiller), envers et contre tout. Si elles ne savent pas s'asseoir, pas grave, on leur la becquee couchees (si mes copines de l'equipe de deglutition me voyaient...). En general quand vient l'heure de la vaisselle, je m'y precipite, preferant ne pas voir ces pauvres femmes qui avalent leur riz de travers... J'ai bien essaye d'expliquer que pour manger il vaut mieux etre assis, il est difficile de faire changer les choses ici.
L'apres-midi, c'est la meme chose, mais encore pire, si ca peut exister.
C'est Khalighat, le premier mouroir cree par Mere Theresa. C'est minuscule. Il fait chaud, sombre. La lumiere du soleil n'entre jamais, et les patients, une fois la-bas, y sont en general pour mourir. "Mais au moins, ils ne meurent pas comme des chiens dans la rue", me disait un volontaire. Il faut le voir comme ca, pas le choix. Ils ont ce regard hagard, perdu, des yeux immenses dans leurs visages emacies. Le boulot la-bas est un peu le meme, sauf que la, presque tous les patients sont couches toute la journee. Il n'y a meme pas de draps. Juste une espece de skai, qui colle. Il faut leur mettre la panne, les nourrir, parfois juste s'asseoir a cote d'elles. Quelle tristesse de ne pas parler Bengali pour pouvoir les comprendre. Outre la misere dans laquelle elles ont vecu, c'est leur vie tout court qui n'en est pas une. Elles ont ete abandonnees, violees, battues par leurs pere ou mari. L'une d'elles est arrivee brulee au 3eme degre apres que son mari ait tue leurs 2 enfants puis lui jete une casserole d'eau bouillante a la figure pour la chasser. Que repondre a ca? Elles sont dignes, ne pleurent jamais. D'autres sont completement folles. Repetent les memes phrases a longueur de journee. Crient, parfois, sans raison. Il est difficile de decrire une telle horreur. Je n'ose comparer ma vie a la leur, ni penser a nos problemes quotidiens qui, parfois, et meme s'ils ne sont pas aussi spectaculaires, peuvent nous rendre si malheureux...
Heureusement qu'entre volontaires il y a une ambiance d'enfer. Malgre tout ca on rigole beaucoup. Il y a une solidarite a toute epreuve et des liens super forts qui se creent tres rapidement. Entre les deux sites, on prend parfois la fourgonnette avec les novices, qui ont 15-16 ans et qui, tout en recitant leur chapelet, ne pensent qu'a rire...
Au bout du compte, meme si c'aura ete tres tres dur, c'aura ete une experience fabuleuse.
Et ca remet les idees en place...
Et comme le disait une volontaire qui revient chaque annee, finalement, encore plus que pour les autres, c'est avant tout pour soi qu'on va la-bas. Et j'y reviendrai, c'est certain.


vendredi 7 novembre 2008

Surprenante Calcutta!

Decidement, l'Inde reserve bien des surprises...

Ou alors nos prejuges sont-ils tellement infondes qu'elle n'est jamais comme on se l'imagine?

En arrivant a Calcutta, je redoutais le pire; je m'attendais a une pauvrete insoutenable, des gens qui dorment voire meurent dans la rue, des mendiants partout, une salete omnipresente. Bien sur, il y a des femmes avec de petits bebes qui brandissent des biberons vides. Bien sur, il y ces gosses tout crasseux, maigres a faire peur, qui demandent n'importe quoi (roupies, bonbons, manger, stylo, cahiers, parrainages divers etc etc) Et bien sur, la nuit, il y a des gens qui dorment par terre, des vieux, des enfants. Mais pas plus qu'ailleurs, bien au contraire. La ville est propre. Enfin, comparees aux autres.
Son passe colonial en fait une ville un peu a part. Elle a ete capitale des Indes jusqu'en 1912. Les Anglais ont donc logiquement voulu y retrouver une petite Londres. Le long de la Hooghly ont ete construits edifices imposants, larges boulevards, jardins arbores, et meme quelques eglises. C'est incroyable de trouver ca ici.
D'autre part, contrairement aux autres villes, il y a tres peu de tuk-tuk, de motos ou de velos. Les rues sont larges, et il y a meme des feux rouges. Des milliers de taxis jaunes parcourent la ville. Il y a un semblant d'ordre dans la circulation. Seuls les bus, enormes monstres bringuebalants, semblent beneficier de regles qui leur permettent de bruler les feux rouges et de rouler a une vitesse vertigineuse.
Calcutta, capitale culturelle de l'Inde, est aussi un paradis pour les gastronomes. De son passe colonial subsistent des endroits hors du temps, comme le Flury's, ce cafe tenu depuis 5 generations, ou des serveurs en habit impeccable servent sous un gigantesque lustre de cristal des high tea (un the avec des scones chauds, moelleux a souhait) a une clientele heteroclite : riches indiens en famille, expatriees qui s'y retrouvent pour les derniers potins, et quelques touristes comme moi qui savourent autant le veritable cappuccino que l'endroit lui-meme. La politesse y est eccessive ("Good morning, Madam", "Pardon me, Madam", "Thank you, Madam") et semble completement decalee par rapport a la durete de la vie des que l'on en sort. Mais faut-il pour autant se refuser ce genre de plaisir? Partout, dans les rues, dans les restos, on peut trouver des specialites de l'Inde entiere. Je decouvre avec joie la cuisine bengalie (nous sommes au Bengale Occidental) et aussi ce qui m'attendra en descendant vers le Sud.
Ce Sud qui ne semble d'ailleurs plus si loin... Il fait chaud, tres tres chaud meme. Les morphologies ne sont plus du tout pareilles. Sur les marches, les produits changent. On voit apparaitre des ananas, des noix de coco, des aubergines. La cuisine se fait plus douce, les saveurs plus sucrees. On trouve meme du poisson, delicieux, en prime. La mer non plus n'est plus tres loin...
Mais avant d'aller la rejoindre, j'ai decide de m'arreter un peu ici. A force de bouger tout le temps, on attrappe le tournis. Le voyage, surtout seule, est un plaisir terriblement egoiste, et l'on ne vit que pour soi et autour de sa petite personne. Tout ce que j'ai fait jusqu'a present, ce n'etait que dans mon propre interet. Alors meme si ca ne changera rien a la misere qui regne ici, et meme si dans le fond ce n'est que pour ma bonne conscience a moi, je me suis lancee comme volontaire dans un des dispensaires de Mere Theresa. On verra bien ce que ca donnera. Je redoute un peu les bondieuseries (la journee commence par une messe a 6 heures, pour se mettre en forme), et ce sentiment terrible d'amour pour le monde entier que ressentent et partagent genereusement certains volontaires. Quoi qu'il en soit, ca ne peut pas etre une mauvaise experience. Ma premiere journee a ete epuisante mais tres riche. Un peu tot neanmoins pour partager mes impressions. Prochaine rubrique!

jeudi 6 novembre 2008

Et pendant ce temps-la...

La famille Hupin s'agrandit! Le 3 novembre, ma courageuse belle-soeur mettait au monde une petite Elise...
N'est-elle pas ravissante?
D'apres Cecile, elle sent exactement la poupee Corolle, mais elle gigote beaucoup plus!
Difficile de devoir patienter encore deux mois avant de la voir enfin...

mercredi 5 novembre 2008

Aloo Paratha

Premiere lecon de cuisine!
Depuis que j'ai ete malade, la nourriture indienne ne me disait plus rien.
A Varanasi, pas de probleme, j'ai degote un petit cafe qui servait de la soupe au potiron, du pain frais (complet!) et pleins de fromages, de l'Emmenthal, de la Tomme, et meme de Parmigiano Reggiano. Incroyable.
A Bodhgaya, par contre, ca a ete plus difficile. J'ai fait la connaissance d'un type qui travaillait en cuisine dans un petit resto et qui a accepte que je cuisine moi-meme. En echange d'un cours de cuisine italienne, il m'invitait le lendemain a un cours de cuisine indienne. Marche conclu! Dans la foulee, j'ai cuisine pour les autres touristes du restaurant qui ont tous eu droit a des penne rigate alle melanzane...
Pour ceux que ca interesse, voici la recette (illustree) des aloo parathas, galettes a la farine de ble et aux pommes de terre. C'est tres simple a faire mais ca prend un peu de temps. A moins, comme ici en cuisine, d'etre a 4...
1) Preparer une pate a pizza classique (farine, eau, sel, un peu d'huile) en remplacant la levure par du cumin, de la coriandre (en grains) et/ou de la nigelle (ca ressemble a des grains de sesame brulees, on les trouve dans les epiceries asiatiques, meme au Dehaize, je crois) . Ou sinon, pour ceux qui font leur pain regulierement, prelever quelques petites boules de pate (avec de la levure, ca doit marcher aussi, pour une version "aerienne" de l'aloo paratha)
2) Sortir du frigo les restes du stoemp aux patates de la veille, y ajouter de la coriandre fraiche, un oignon et de l'ail en petit morceaux

3) Prendre une boule de pate a pain de la taille d'un petit poing, la faconner en forme de petite coupe que l'on remplit de stoemp puis la refermer delicatement






4) Aplatir cette boule au rouleau a patisserie pour en faire une crepe d'un demi centimetre d'epaisseur (ne pas hesiter a mettre un peu de farine)

5) Faire cuire la crepe (a sec) sur une poele bien chaude (ne pas oublier le combustible...) en l'aplatissant regulierement. La retourner regulierement. A la fin de la cuisson, ajouter un peu d'huile de chaque cote pour qu'elle soit bien doree et la laisser cuire encore quelques minutes






6) Prevoir au moins 2 aloo parathas par personne (c'est tres tres bon) et les servir avec un curry de legumes, voire une bonne soupe maison!

J'offre un repas indien complet a mon retour a celui ou celle qui a tente la recette (photos a l'appui!)

Chhath Puja





Chhath Puja est la celebration religieuse la plus importante pour les Hindous du Bihar (ou je me trouve actuellement, dans la ville de Bodhgaya).
Les festivites qui durent 4 jours sont dediees au Dieu du Soleil, et ont lieu en general une semaine apres les fetes de Dewali. C'est l'equivalent de notre mois de decembre, sauf que ce ne sont pas des jours mais des semaines entieres qui sont feriees... A chaque fois, plusieurs jours durant, toutes les administrations sont fermees, ainsi qu'une grande partie des magasins et gargotes. On enchaine donc la semaine de Daisin (et les sacrifices d'animaux), puis les 5 jours de Dewali (la fete des lumieres, la nouvelle annee Newar, les tikkas entre frere et soeur et les hommages aux corbeaux, chiens etc), puis 4 jours de Chhath Puja. Avant d'entamer la fete, chacun doit respecter 24 a 36 heures de jeun strict (sans eau). Durant ces 4 jours, ces adorateurs du Soleil, principalement des femmes, appelees Parvaitin, doivent dormir par terre sur une simple couverture (mais ca c'est deja le cas pour mal de gens ici...). Les Parvaitin prient pour le bien-etre de leurs familles, leur prosperite et leur progeniture. Le soir de Chhath Puja, les maisons et leurs environs sont nettoyes de fond en comble. Est-ce grace a ca, ou simplement le hasard, mais il regne dans ma guest house une proprete irreprochable. Ca fait vraiment du bien, de temps en temps... Le soir du 3eme jour, toute la maisonnee accompagne le ou la Parvaitin pour un bain rituel. Les hommes portent sur leur tete de lourds paniers charges de fruits, de pain, de bougies, qui seront benis. Ils sont entoures d'amis et de curieux qui, eux aussi, sont la pour se faire benir par la Parvaitin. Des chansons populaires typiques, transmises de meres en filles, sont entonnees lorsque la Parvaitin rentre dans l'eau. Pendant ce temps-la, des gamins que la fete n'interesse pas balancent des petards a qui mieux mieux.

Le spectacle est superbe. Les femmes sont parees de leurs plus beaux atours et l'ambiance est a la fete. Quand tout le monde a ete beni, c'est au tour des aliments qui, ensuite, seront distribues ou manges en famille. Dans la ville, je me vois offrir des petits pains, des bananes, tous pleins de ce pigment orange que les femmes se mettent sur le front.