Petite angoisse a l'idee d'etre seule a nouveau, de quitter le Nepal pour l'Inde. C'est vraiment un autre voyage qui commence.
Apres nos adieux matinaux (mais non moins dechirants), chacun est parti de son cote; Baptiste a 4h30 pour Delhi, et moi, plus simplement, et un peu plus tard, vers la gare des bus de Kathmandu. Quand j'ai fini par trouver le bus qui m'amenera a la frontiere indienne, se sont declares tout a coup les premiers symptomes de la Maladie de l'Oeuf. Pour ceux qui ont deja experimente ce mal atroce, pas besoin de le decrire. Pour les autres, ils n'ont qu'a imaginer...
J'etais en train de me demander si la meilleure solution consistait a vomir par la fenetre du bus, au risque de tout me prendre dans la figure, ou dans un sac en plastique que je n'avais pas sous la main, quand est venu s'asseoir a cote de moi un superbe londonien aux yeux verts, drole, souriant et bavard. C'est bien ma veine. Pour une fois qu'il y a un beau mec dans l'histoire, moi je suis couleur olive, les yeux vitreux, et avec une seule idee qui tourne en rond dans ma tete : par la fenetre ou dans le sac en plastique? Nous avons fait toute la route cote a cote (12 heures infernales) jusqu'a la frontiere avec les joies habituelles liees a ce genre de trajet; pneu creve, moteur qui fume, arrets toutes les 5 minutes pour faire descendre ou monter quelqu'un, paquet qui tombe du toit etc etc etc. Nous avons finalement passe la frontiere vers 18 heures, dans le noir, entoures de douaniers ivres; triste adieu a ce pays que j'ai tant aime et ou j'ai ete si heureuse. Nous voulions tous 2 atteindre Varanasi au plus vite, mais pour ma part, j'aurais bien dormi dans la premiere guest house de l'autre cote de la frontiere. D'un autre cote, l'endroit etait tellement glauque et cafardeux, que j'ai decide de suivre mon compagnon d'infortune. Vu mon etat, il est alle seul s'arranger pour la suite du trajet. Il est revenu tout content 20 minutes plus tard, brandissant fierement des voucher pour un bus suivi d'un train de nuit qui nous menerait a Varanasi ou nous serions arrives pour le lever du soleil sur le Gange. C'est cher, me dit-il, mais au moins on voyagera dans de bonnes conditions. Optimiste, en plus, le jeune homme! Mais tellement naif...
3 heures de bus et 6 passages aux toilettes plus tard, nous voila dans la gare bondee de Gorakhpur. Il est impossible de marcher, partout des gens dorment par terre, familles entieres, femmes enceinte, bebes, vieillards. C'est terrible.
Bien sur, le coup des voucher, c'etait de l'arnaque. Il n'y avait pas de couchette reservee a notre nom, pas de bonhomme qui nous attendait au guichet 380. Ca paraissait evident, non? Dans le fond, ca m'arrangeait, j'allais trouver une guest house, dormir quelques heures puis repartir, reposee et guerie. C'etait sans compter sans la tenacite du beau gosse qui, quelques minutes plus tard, est revenu triomphamt. Il avait trouve des tickets. Mais en "general". Ce qui signifie "ou l'on trouve de la place". Nous voici donc, a 23h10, sur le quai, a nous ruer comme tous les autres dans le train, afin de prendre d'assaut les quelques wagons reserves aux malheureux comme nous. J'ai finalement ete contente de trouver une place assise. C'est vrai que nous etions a 6 sur une banquette (en bois, toute dure) prevue pour 3, mais au moins on etait pas devant la porte des toilettes qui ne ferme plus et exhale un fumet pestilentiel tout au long de la nuit...
Avec, en tete, toujours la meme litanie : par la fenetre ou dans le sac en plastique? Sachant qu'entre la fenetre et moi, il y avait 2 personnes, je n'avais pas vraiment le choix...
Nuit fievreuse, voire torride, sans fermer l'oeil, non pas a cause de mon beau voisin mais bien de cette foutue Maladie de l'Oeuf (en version attenuee par rapport a certains episodes, neanmoins) et de l'incomfort surprenant de ces trains indiens.
Arrives a Varanasi, epuises (tous les 2), livide (moi) et au bord de la crise de nerfs (toujours moi), dans notre empressement a quitter cette cage a poules, nous nous sommes trompes de gare, puis avons pris un bus dans le mauvais sens, pour enfin se faire arnaquer par un chauffeur de rickshaw qui n'a jamais trouve la guest house ou nous avions prevu de dormir, et qui, quand nous y sommes enfin arrives, affichait complet.
A tous ceux qui m'envient de voyager, je peux vous dire que ce matin-la, c'est moi qui pensait a vous qui vous leviez simplement pour prendre votre voiture et rester coince 30 minutes dans les embouteillages avant d'entamer une journee au boulot avec sandwich beurre-salami et yaourt qui a coule dans le sac pour le pic-nic.
C'est vrai qu'apres ca, je suis tombee face au Gange.
Et que j'avais beau savoir a quoi m'attendre, j'en suis restee bouche bee.
Et j'ai pardonne d'un seul coup aux Indiens leurs arnaques, leurs trains bondes, leurs vaches qui se balladent partout et leurs toilettes qui puent.
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