J'avais pense passer deux jours a Calcutta, j'y suis restee plus d'une semaine.
Le boulot de volontaire chez les Missionaires de la Charite m'a passionnee. C'est tres tres dur, pire que ce que j'ai jamais vu ou fait, mais c'est une experience inoubliable.
La journee commence par une messe, a 6 heures, a la maison de Mere Theresa. Malgre mes convictions religieuses mitigees, ce sont des moments incroyables. Toutes ces soeurs en sari blanc raye de bleu, c'est tres emouvant. Il y regne une ferveur, une Foi, presque palpables. Elles viennent de partout, il y a de grandes Noires, de freles Asiatiques, de robustes Americaines, des Latinos trapues, quelques Europeennes et plein d'Indiennes. Il y en a de tres jeunes et de tres vieilles, et ont toutes decide de consacrer leur vie aux pauvres parmi les pauvres. Elles ne communiquent avec leur famille que par courrier postal. Une fois tous les 10 ans, elles ont le droit d'aller leur rendre visite. Apres la messe, tous les volontaires dejeunent ensemble. Une banane, une tranche de pain sec, un the au lait. Il y a en general une tres bonne ambiance. Ici aussi, il y a des gens du monde entier; ces 3 meres de familles americaines, obeses; ce culturiste canariote, bras et jambes impeccablement bronzees et epilees, qui arbore fierement ses muscles surdeveloppes dans des marcels qui seraient beaucoup trop petits pour moi; ce couple d'Espagnols qui vient chaque annee, laissant aux parents le soin de s'occupper de leurs 3 gamins; cette Francaise, une vraie mordue, qui ne peut s'empecher d'a chaque fois plaquer son nouveau boulot en France pour revenir ici; ces deux infirmieres italiennes qui ne cessent de retarder leur retour a la maison at qui trainent ici depuis des mois, incapables d'abandonner le navire; il y en a des dizaines. Mais ceux qui m'impressionnent le plus, ce sont ceux qui ont plaque leur carriere, leur vie amoureuse, tout, pour venir vivre ici. Comme cet Italien, manifestement brillant, qui a tout abandonne. En rentrant une fois par an en Italie, et en vivant simplement, il a calcule qu'il pourrait encore tenir sur ses economies durant 3-4 ans. Ces gens travaillent comme des dingues, dans l'ombre, pour des causes completement desesperees. Quelle humilite. Et si les motivations de chacun sont differentes, parfois purement religieuses voire expiatoires, je ne peux que leur temoigner mon plus grand respect et mon admiration. On se sent tout petit, a cote de ce genre de personnages.
Apres le petit dejeuner, chacun va rejoindre son lieu de travail. Le matin, je suis a Prem Dan, un des plus grands centres a Calcutta.
Il se trouve dans le quartier ou a ete tourne "La Cite de la Joie", pres de la gare de Park Circus, et accueille environ 500 patients adultes, semi-chroniques. Ce qui, concretement, veut dire qu'ils y restent relativement longtemps avant d'y mourir.
L'aile des homme et celle des femmes sont separees, tout comme les volontaires qui y travaillent.
Les hommes ont le droit d'aller dans la cour, mais pas les femmes. Elles ne sortent donc jamais. Elles sont reparties dans 2 immenses dortoirs ou s'alignent leurs petits lits de camp. Beaucoup y restent allongees toute la journee, trop faibles, trop maigres pour meme etre capables de s'asseoir. Les draps, comme les vetements, sont les memes pour tout le monde. Quand elles arrivent au centre (souvent de la rue, ou alors elles sont deposees devant la porte), elles sont recurees de haut en bas, et on leur rase la tete, pour eviter les poux (mais il y en a quand-meme, plein plein plein... Je sens que je vais revenir pleine de nouveaux amis!).
Quand nous arrivons, apres avoir mis notre petit tablier, on fait la lessive. Comme ils changent les vetements et les draps tous les jours, ca fait pas mal de boulot. Du travail a la chaine. Trois volontaires pour laver, 2 pour desinfecter, puis 6 aux 3 postes de rincage, 4 pour essorer et 4 pour pendre le linge. 
En general, quand on en est a la moitie, on commence les pansements et les soins "medicaux" aux patientes. Je ne pouvais meme pas imaginer que de telles plaies pouvaient exister. Ca coule, ca pue, ca suppure, ca s'infecte, ca necrose, ca grouille de vers, c'est horrible. Les moyens dont ils disposent, tout comme leurs connaissances medicales, sont reduites au strict minimum. Quand on ne s'en sort plus, on coupe. Et on espere que l'infection ne montera pas plus haut. Parfois, aux patientes qui ne mangent ni ne boivent plus depuis qqs jours, on place une perfusion dans laquelle ne coule en general que du serum physiologique. Il y a bien un medecin indien qui vient, mais une fois par semaine pour 500 patients, ce n'est pas grand'chose.
Ce qui est inacceptable, c'est le manque de moyens qui fait que des gens, meme jeunes, avec une infection curable meurent, faute de moyens diagnostiques et therapeutiques. Ils meurent non pas de leur maladie mais de la misere dans laquelle ils vivent. C'est terrible.
Apres les soins, on a une petite pause pour le the entre volontaires. On souffle et ca fait du bien. Ensuite, on sert les repas. Du riz, et un curry de legumes. Pas de couverts, on mange avec les mains. Souvent il n'y a pas assez. Elles demandent plus et il faut dire non. Beaucoup d'entre elles ne savent pas manger seules. Il faut les nourrir (a la cuiller), envers et contre tout. Si elles ne savent pas s'asseoir, pas grave, on leur la becquee couchees (si mes copines de l'equipe de deglutition me voyaient...). En general quand vient l'heure de la vaisselle, je m'y precipite, preferant ne pas voir ces pauvres femmes qui avalent leur riz de travers... J'ai bien essaye d'expliquer que pour manger il vaut mieux etre assis, il est difficile de faire changer les choses ici.
L'apres-midi, c'est la meme chose, mais encore pire, si ca peut exister.
Heureusement qu'entre volontaires il y a une ambiance d'enfer. Malgre tout ca on rigole beaucoup. Il y a une solidarite a toute epreuve et des liens super forts qui se creent tres rapidement. Entre les deux sites, on prend parfois la fourgonnette avec les novices, qui ont 15-16 ans et qui, tout en recitant leur chapelet, ne pensent qu'a rire...
Et ca remet les idees en place...
Et comme le disait une volontaire qui revient chaque annee, finalement, encore plus que pour les autres, c'est avant tout pour soi qu'on va la-bas. Et j'y reviendrai, c'est certain.
6 commentaires:
J'espère que ça remettra les idées en place à nous tous qui lisons ce blog. Au moins, pour nous aussi, tu ne seras pas partie pour rien !
Bizz !
Une parenthèse humanitaire pdt des vacances, peu de gens le feraient. Je te tire mon chapeau! Cela aura été sans aucun doute une expérience humainement enrichissante et une leçon de vie. Bz.
Abdel.
Oh ma petite Chloé, j'ai peu de mots mais beaucoup d'émotions en te lisant...Bonne route... isa carlier
Ici Useppe. Es-ce que tu me lis? Vîîî?
Viiii!
Bienvenue a toi sur le net, petit Useppe!
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