lundi 27 octobre 2008

Tamang

Le Tamang, sans guide? "De la folie", "Vous allez vous perdre", "Ils ne parlent pas un mot d'anglais" etc etc. On a quand-meme tente le coup... Et meme si on s'est parfois bien perdus, le fait d'etre rien qu'a nous deux nous a permis de decouvrir cette region a notre rythme et a notre maniere.
Dans certains villages, il n'y a meme pas de lodges. Nous avons donc mange dans les familles. Ce n'est pas bien complique, c'est du dal bhaat a chaque repas. Riz blanc, soupe de lentilles et curry de legumes: carottes, navets, haricots, pommes de terre, epinards-bettes, en fonction de ce qu'il y a dans le potager. C'est souvent tres bon, et on est pas tres difficiles -et la plupart du temps, affames-. Parfois, on trouve des petits biscuits, genre Marie (comme quand on etait petits), des Parle-G comme en Inde ou des petits biscuits a la noix de coco. Un vrai regal!
Les villages sont differents de ceux de la vallee du Lang Tang : belles maisons de bois sombre, surelevees afin que les animaux puissent passer la nuit au sous-sol, ornees de sculptures. Contrairement aussi au Lang Tang, il y a parfois l'electricite, ce qui ne les empeche pas de tous cuisiner au feu de bois. La majorite des familles ici sont tibetaines -la plupart en habit traditionnel-. Nous ne sommes d'ailleurs qu'a quelques kilometres de la frontiere. Ca a d'ailleurs ete l'occasion d'une grande deception.
A defaut de la passer, nous avons au moins voulu la voir, cette mythique frontiere, mais a quelques metres de la, nous nous sommes fait arreter par un militaire au regard menacant, mitraillette en bandouliere, qui repetait "NO!". On a pas insiste...
Apres le penible col de Naghtali (encore un endroit incroyable : guest house en bois peint bleu et blanc, panorama epoustouflant), c'est un toute autre paysage que nous decouvrons.
Ici, ce ne sont plus des Sherpas ou des Tibetains, bouddhistes, comme dans les vallees precedentes, mais des Tamang, hindouistes. Et beaucoup plus pauvres. Les villages semblent etre la depuis des centaines d'annees. En tant que touristes, nous sommes une veritable attraction. Personne ne parle anglais. Pour rejoindre Syabru Bhesi, la ville d'ou nous rejoindrons le trek de Gosaikund vers Kathmandu, une famille nous propose de les suivre car le chemin est complique. Nous avons du mal a suivre leur allure, malgre le fait qu'ils ne portent que des tongs, voire pour certains, sont carrement pieds nus. Nous traversons des champs de moutarde, de ble, des rizieres. C'est la periode des moissons, il y a plein de gens dans les champs, sur le chemin. C'est vraiment superbe.
Quand nous sommes arrives a Syabru Bhesi, premiere vraie "ville", avec un bus, des boutiques, un menu dans la guest house, on etait tout fous, meme si on savait que ce n'etait que pour une nuit, avant de repartir vers les lacs geles de Gosaikund...

Lang Tang

Le trekking du Lang Tang est repute d'une part pour la beaute de ses paysages (on dit que c'est la plus belle vallee du monde) et d'autre part pour sa facilite d'acces depuis Kathmandu...
S'il est vrai que la vallee du Lang Tang est probablement la plus belle du monde, elle n'est pas particulierement facile d'acces...
Nous avons quitte l'hotel le 13, vers 6h30 le matin (pauvre Baptiste, a peine remis de son long voyage et en plein jet lag...) et avons, comme d'habitude, commence par attendre une bonne heure avant que le bus ne parte. 4 heures seulement pour rejoindre Trisuli Bazaar, a 55 km de la, c'etait inespere.
Il faut dire que malgre le pneu arriere droit qui a eclate en traversant une riviere, le chauffeur a juge preferable de ne le changer que lors de l'arret pic-nic, une bonne heure plus tard. La seconde partie du trajet s'set, elle, averee plus difficile. Bus bonde, sur une route qui n'en est pas une, avec un precipice impressionant sur la gauche. Apres plusieurs heures, coinces entre un vieux qui crache et une gamine qui allaite son petit braillard de 2-3 ans, le bus s'arrete : glissement de terrain. On debarque sacs a dos, paquets, caisses, animaux et familles entieres pour traverser cette partie a pied et reprendre un bus de l'autre cote. Quand nous y sommes arrives, il etait tellement plein que nous avons decide de voyager sur le toit. Tout aussi rempli, mais au moins on a la vue! Nous avons donc fait la fin du voyage en compagnie d'une bonne vingtaine de Nepalais hilares mais aussi de 10 caisses de 220 oeufs chacune. A la peur de tomber dans le vide s'est alors ajoutee la crainte de l'omelette geante. Nous sommes finalement arrives a bon port, mais extenues et tout poussiereux. Au total, 12 heures de trajet pour 110 km... Mais ca en aura valu la peine!
Nous n'avions marche qu'une petite heure le lendemain que tout etait oublie. Nous avons fait la connaissance de Keith, un Ecossais que nous avons d'emblee rebaptise "le Bourlingueur". Nous ne nous sommes pas quittes 3 jours durant!
Contrairement au trek des Annapurnas, il y a peu de toursites, ici. Les lodges ou l'on s'arrete pour le the ou le lunch sont charmants, tout comme leurs proprietaires. Les physionomies sont differentes; on rencontre des Sherpas et des Tibetains, principalement. Nous remontons peu a peu la riviere, la Lang Tang Khola.
Il ne nous aura fallu que deux jours pour rejoindre Kianjin Gompa, le dernier village de la vallee. Ce lieu est enchanteur. Notre guest house, qui domine le village, est tenue par une famille avec 5 enfants. Nous sommes entoures de drapeaux de priere, de montagnes et de yaks. Plus loin une vraie boulangerie, avec du pain, du gateau au chocolat, de la tarte aux pommes, tenue par une souriante et genereuse tibetaine. Il y a meme une petite cooperative qui fabrique du fromage (de yak, bien sur!). Meme si ca ne vaut pas un brie de Meaux, ca donne un gout de chez-soi. Un fameux atout pour le village... Finalement, nous y sommes restes 3 nuits, ce qui nous a permis de remonter la riviere encore plus loin, et de faire l'acension du Tsergo Ri, 4984m (il ne lui manque que 16m pour etre un 5000...). De la-haut, la vue nous a subjugues. Le ciel est limpide, et nous sommes entoures de montagnes. C'est tellement beau que c'en est emouvant.
Au matin du 3eme jour la-bas, nous avons decide de redescendre la vallee, mais avant de partir vers les lacs de Gosaikund,
puis le trek de l'Helambu qui nous ramenerait a Kathmandu, nous passerions quelques jours dans la region du Tamang, le long de la frontiere tibetaine. Notre derniere soiree dans le Lang Tang a d'ailleurs confirme ce choix. Nous avons rencontre Thiley Lama (le chef du Lang Tang? son prince? son gouverneur? On a pas bien compris...) qui nous a vivement conseille d'aller dans cette region peu connue des touristes, ou les villages tibetains nous donneront, du moins dans la premiere partie du trek, un apercu de ce qu'est la vie de l'autre cote de la frontiere...

dimanche 26 octobre 2008

Retour a Kathmandu


Nous sommes rentres ce soir apres 2 semaines de trekking.
C'etait fabuleux.
Voici une premiere photo pour vous donner un avant-gout. Plus de nouvelles demain!

dimanche 12 octobre 2008

Hashing

"Do you want to go hashing with us tomorrow?" me demandait un Australien rencontre durant le trek du Camp de Base des Annapurnas. Il vit a Kathmandu depuis plusieurs mois, travaille pour une ONG et m'avait promis une visite insolite de la ville. Mon anglais parfois un peu limite ne connaissant pas le mot hashing, j'ai demande a un autre Australien, puis a mes copines canadiennes qui eux non plus, n'avaient jamais entendu ce mot. Nous en avons donc conclu qu'il s'agissait d'un rendez-vous ou l'on fume du hash. De toute maniere, nous avions prevu de nous retrouver vers 10 heures, et le hashing n'etait prevu qu'a 14 heures.

Retrouvailles dans une belle librairie, visite d'une chouette tea-house, d'une Kathmandu un peu differente. Puis il me demande a nouveau Do you come hashing with us this afternoon?

Il m'explique que ca va etre sympa, il y aura quelaues expatries, principalement des gens qui travaillent dans des ONG, des filles aussi, au cas ou tu aurais du mal a suivre, me dit-il gentiment.

J'imagine tellement bien la scene : une quinzaine d'expatries junkies qui se fixent RDV a 14h precises le samedi apres-midi pour se defoncer tous ensemble dans un local un peu glauque, bleu de fumee, avec d'enormes joints qui tournent. Alors qu'il y a tellement a faire dans cette ville folle. Et tout ca aux frais des ONG! Kathmandu est donc bel et bien toujours la ville des hippies, quels que soit leur age, leur generation et leur raison d'etre la.

Par contre, me suggere-t'il, tu devrais peut-etre changer de tenue. Parce qu'en plus, je ne dois pas avoir la'ir assez cool, avec mon ensemble t-shirt propre, pantalon beige et Tevas. J'avais pourtant fait un effort...

Gentiment, je refuse. "Mais je croyais que tu adorais ca", me repond-il. Qu'est-ce que j'ai bien pu lui raconter, a celui-la, lors de notre ascension vers le camp de base? Je ne vois pas... Ivresse des sommets avec amnesie?

A nouveau, je refuse, en essayant betement de me justifier... Ce n'est pas vraiment mon truc, tu comprends, seule, a l'etranger. Je suis de plus en plus mal a l'aise.

Toute la matinee, coups de fil sur son portable pour fixer RDV avec ses copains. Manifestement, ils vont faire ca en-dehors de la ville, pres d'un bois...

A midi, il ne veut pas trop manger, de peur d'etre malade. Ben oui, vu l'entrain qu'il met a organiser ca, ils risquent de passer une sacree apres-midi!

Quand, allez savoir comment, je realise que hashing, ca veut dire aller faire un jogging... Impossible de me rattrapper... Alors que dans le fond, je ne reve que de ca, aller courir avec du monde dans la campagne de Kathmandu... Je ne le verrai probablement plus jamais. Mais il a du se dire que les Belges etaient bizarres!

Hashing . . . it's a mixture of athleticism and sociability, hedonism and hard work, a refreshing escape from the nine-to-five dweebs you're stuck with five days a week. Hashing is an exhilaratingly fun combination of running, orienteering, and partying, where bands of harriers and harriettes chase hares on eight-to-ten kilometer-long trails through town, country, and desert, all in search of exercise, camaraderie, and good times.

Provencale Bandipur

Tu verras, me disait un Londonien qui a vecu la-bas, Bandipur c'est comme la Provence...
Pas de champs de lavande, pas d'oliviers, de melons. Pas de grandes masures aux volets bleus. Pas de vin, pas d'accent chantant.
De provencal, il n'y avait que la chaleur et les grillons.

Mais apres Gorkha, c'etait un reve! On dirait que le temps s'est arrete il y a 200 ans dans cette petite bourgade. La toute grande majorite des rues est fermee aux vehicules. Pas de voitures, pas de rickshaws ni de motos, pas de klaxons, il y fait tellement paisible... Un vrai joyau d'architecture newar. Grandes maisons en bois, volets sculptes, temples colores. Pas de sang (ou si peu...) En flanant dans les rues, on croise des enfants qui ne demandent ni stylo, ni roupies, ni photos, les habitants sont tout sourire, se balladent en famille, profitant des vacances. Les environs sont magnifiques, et, au loin, on a parfois la chance d'apercevoir les Annapurnas et la Macchapucchre. Au bout du village, une grande plaine, autrefois lieu de foires et marches, est bordee de 5 figuiers gigantesques, d'ou j'ai assiste a un lever de soleil inoubliable (meme si un peu nuageux).

J'y ai finalement passe 3 jours, au calme, avant d'etre confrontee a Katmandou que l'on m'a decrite comme polluee, bruyante, sale et invivable.
Le trajet de Bandipur a Katmandou, qui devait durer 3-4 heures seulement, toujours a cause des vacances (tout le pays est litteralement a l'arret durant une semaine), aura finalement pris toute la journee.
Depart vers 8h30, adieu aux francais avec qui j'ai passe une soiree ou on a beaucoup ri la veille, pour trouver une jeep ou un bus qui descend jusqu'au croisement avec la route Pokhara-Kathmandu. Comme d'habitude, il faut attendre que la jeep soit remplie; une bonne demi-heure.
Arrivee a la grosse route, je me decide a prendre non un de ces mini-bus qui tombe en morceaux, mais un gros bus, plus solide en cas d'accidents, qui manifestement sont tres frequents par la. Ils m'ont fait peur, ces Francais, avec leurs bus coupes en 2, leurs carcasses au fond du precipice etc etc. Attendre le gros bus, donc. Encore une demi-heure avant d'embarquer et de payer le gros prix... On me promet que dans 3 heures je serai a bon port. C'est deja ca...
Apres un bon quart d'heure de route, on s'arrete. Derriere une file interminable de bus. Personne ne reagit. J'essaie quand-meme de me renseigner, et finalement j'apprends que, suite au deces d'un habitant la veille (encore un accident!), les habitants de Mugling ont ferme la ville. Barre la route. Impossible de dire combien de temps ca va durer. Personne ne bronche, dans le bus. Au bout d'une bonne heure d'attente, je me decide a quitter mon gros bus anti-accident, et de partir avec mon sac. Ca valait bien la peine de payer 3 fois plus cher...
Je parcours plusieurs km de vehicules en file, tous a l'arret. Plus on avance, plus les gens se sont organises. Pic-nic, vendeurs de nourriture en tous genres, joueurs de cartes, manifestement, on s'apprete a passer la nuit ici. D'autres par contre se sont decides comme moi a passer le barrage a pied. Un veritable exode. Des familles entieres, avec bebes, chevres, poules, vieillards, paquets, sacs de riz, tout est trimballe vaille que vaille sur le dos, la tete, les epaules. On improvise des charettes avec des roues de velo, c'ste une veritable cohue. Une fois au barrage, l'ambiance est tres tendue. 4-5 flics en gilet pare-balles, des jeunes avec des batons, tous les magasins fermes et du monde partout. On me regarde bizarrement, j'essaie de me fondre dans la foule. De l'autre cote du barrage, c'est la meme chose : des Nepalais completement detendus et des kilometres de bus a l'arret. Je me dis qu'il y en a bien un parmi ceux-la, gros ou pas, qui se decidera a faire demi-tour et a repartir vers Kathmandu. Apres de longues discussions, j'ai finalement trouve une petite place dans un de ces mini-bus que je m'etais jure que je ne prendrais pas. Mais bon... Entasses a 31 dans un vehicule prevu pour 12, moi dos a la route avec un mal d'auto terrible, en face de moi une femme vomit tripes et boyaux (voila ce qui arrive quand on se gave de poumons farcis, la pauvre), dans de petits sacs en plastique que l'adjoint au chauffeur a la gentillesse de distribuer a la ronde. On dirait que c'est contagieux...
Au bout du compte, j'y suis quand-meme arrivee, a Kathmandu.
Qui du coup, m'a paru tellement plus agreable que ce que l'on m'avait predit. Oui, il y a du monde et c'est pollue, mais quelle ville! Incroyable!
Et puis, aujourd'hui, je vais retrouver Baptiste...