mardi 9 décembre 2008

Tourisme a l'Indienne

Mais ou sont donc les Occidentaux?
Depuis le junkie Suedois, je n'ai plus rencontre personne... Je ne peux pas croire que les attentats de Bombay les aient tous fait fuir!
Ooty est pourtant une ville charmante. Tout comme Munnar, c'est une ancienne station climatique ou les Anglais venaient se refugier durant les grandes chaleurs. Ils y ont laisse de nombreux petits cottages, des jardins impeccables, un arboretum, un jardin botanique et un parc aux roses. Les hotels sont magnifiques, propres, et j'ai eu droit a ma premiere douche chaude depuis que je suis en Inde. Depuis le petit jardin qui jouxte ma chambre, j'ai vue sur les montagnes. Les maisons sont en pierre, avec des toits en tuile. La region est tres verte, avec de vastes forets d'eucalyptus et des lacs limpides dans lesquels se refletent les collines. A vrai dire, ca ressemble plus a la region des Grands Lacs au Chili qu'a l'Inde du Sud...
Ce lieu paisible etait le bienvenu apres le trajet pour y arriver.
Je n'avais pas realise combien les voyages pouvaient etre eprouvants. Les bus sont en general de vieux bus Tata tout deglingues, souvent sans vitres, auxquels il arrive toujours une aventure en chemin; pneu creve ou morceau de ferraille qui se detache, souvent un coup de marteau bien place arrange l'histoire. Le bus ne part que quand il est rempli, c'est a dire quand il n'y a materiellement plus moyen de faire rentrer qui que ce soit a l'interieur. Seuls ceux qui courent vite ont droit a une place assise. Les vieux et les femmes avec enfants (ou sac a dos!) passent donc une bonne partie du voyage debout, presses comme des citrons. Pas de galanterie, pas de politesse, pas de cadeaux. Dans un pays de plus d'un milliard d'habitants, il faut lutter sans cesse, et c'est chacun pour soi. En meme temps, malgre tout ce monde, il m'est imposible de passer inapercue. Ou que j'aille, quoi que je fasse, on me devisage. Ils sont intrigues. Ils ne comprennent pas pourquoi une femme voyage seule. Il ne passe pas 5 minutes sans que l'on me demande comment je vais, d'ou je viens, comment je m'appelle, et si je suis mariee. Une fois que j'ai repondu a l'interrogatoire, ils sont en general satisfaits et la conversation s'arrete la. Parfois on me demande aussi ce que j'ai mange lors de mon dernier repas, ou combien je gagne en Belgique. C'est le plus souvent par gentillesse, par curiosite, mais quand c'est 100 fois par jour, tous les jours, depuis presque 3 mois, il y a des moments ou ca devient insupportable.
Plus que vous tous qui me manquez pourtant beaucoup, plus que le confort de ma petite maison ou qu'un bon apero en ville, c'set l'indifference des Belges qui me manque le plus! Pouvoir me ballader dans la ville sans que personne ne fasse attention a moi.
Heureusement, il y a des exceptions!
Apres Ooty, je suis allee dans le Parc National de Mudumalai, ou j'ai fait la connaissance de 3 ingenieurs avec qui j'ai passe une super apres-midi. Ils m'ont invitee a faire un tour avec eux a dos d'elephant, et, a defaut de voir un tigre comme ils me l'avaient promis, on a bien rigole et beaucoup discute. Ils ont beau etre jeunes, riches, modernes, intelligents, independants, ils vivent entre copains, s'habillent a l'europeenne, aiment voyager et cuisiner, aucun d'entre eux n'envisage autre chose qu'un mariage arrange. Les chiffres le prouvent : plus de 80 % des mariages en Inde sont encore decides par les parents! Et les divorces sont tres rares. Peut-etre devrions-nous revenir a un systeme similaire? Dans mon cas, c'eut probablement ete une option interessante...
Enfin, pour en revenir aux elephants, chacun a un "mahout", un homme qui s'occuppe personnellement d'un elephant attitre. Ils les nourissent deux fois par jour (5 kg de riz, 3 kg de lentilles, une autre cereale type ble ou epeautre, une grosse poignee de sel, soit un bon gros dal bhat), c'set tout un ceremonial. Comme je dormais au sein meme du parc national, j'ai pu assister a leurs repas et a leur douche. Un peu cliche, bien sur, mais ca fait partie du jeu. Le lendemain, apres un mini-trekking au petit matin, pour voir les animaux boire a la riviere, nouveau bus, pour Mysore cette fois-ci.
La chance semble etre avec moi. Je trouve d'emblee un super hotel, de l'epoque coloniale, plein de ce charme desuet qui les caracterise. Tout ce que j'aime. Personnel en uniforme vieillot, qui porte mon sac a dos, ouvre la porte de l'ascenseur, et sourit poliment chaque fois que je croise leur regard. Chambres d'une proprete impeccables, au mobilier tres style, mais completement depasse. Le matin, on glisse sous ma porte le journal du jour. Un vrai bonheur.
D'autant que, des mon arrivee, je rencontre deux Suedoises (decidement!), qui tout de suite me proposent d'aller manger ensemble. On ne s'est plus quittees depuis. Droles, simples, juste ce qu'il me fallait. La ville est celebre pour son magnifique palais, completement demesure, qui, une fois par semaine, s'illumine durant une heure de 96.000 ampoules! Le spectacle est feerique. C'est un melange entre Versailles, Euro Disney et la Grand Place les soirs de Son et Lumiere. Mysore abrite aussi un des plus riches marches que j'ai vus depuis mon arrivee en Inde. Fruits, legumes, fleurs, pigments, epices, douceurs, viande, poisson, bijoux, on y trouve absolument tout. On y a passe des heures, tous les sens en eveil. Les Mysoriens (?) sont adorables, les prix abordables; decidement cette ville a beaucoup pour plaire.
Demain, je repars de mon cote, apres avoir fixe RDV avec mes copines a Bombay. Je m'offre deux jours dans un eco-lodge au milieu des plantations de the, de cafe, de poivre, de vanille et de cardamome, un petit bijou d'ecologie, un havre de paix. Je me re-jou-is!
Merci aux genereux donateurs grace a qui cette petite folie est possible!

vendredi 5 décembre 2008

Le Livre de la Jungle

J'avais oublie combien j'aimais la montagne. J'ai finalement passe a Munnar nettement plus de temps que prevu, mais ca en aura largement valu la peine.

J'ai eu la chance d'y rencontrer Mano, un guide de montagne pas comme les autres. Il est originaire d'une famille de 7 enfants, manifestement tres pauvre, car il n'a ete scolarise que jusqu'a l'age de 10 ans. Sa vie a bascule quand, dans les annees 80, une Americaine un peu excentrique a debarque dans son village perdu au milieu de nulle part. Ils sont tombes amoureux et elle est reste la pendant 6 ans, jusqu'a ce que, enceinte, elle lui demande de l'accompagner pour vivre avec elle aux Etats Unis. Il a alors gentiment decline l'offre, refusant d'abandonner ses vieux parents et sa famille. Elle est repartie seule. On s'est alors empresse de le marier a une fille du village... Mais en attendant, il avait appris des rudiments d'anglais et, surtout, la maniere de penser des Occidentaux.
Nous avions convenu d'un trekking de 3 jours, au cours duquel nous logerions dans sa famille. En derniere minute, un pseudo-philosophe Suedois qui passait par la s'est joint a nous. Mutique le matin, volubile a midi, logorrheique le soir, son elocution augmentait de maniere exponentielle, rapport au nombre de petards qu'il fumait tout au long de la journee.

La region est splendide. Munnar, ancienne station climatique, perchee a 1800 metres d'altitude, est entouree de plantations de the. La région est d'ailleurs l'un des premiers centres de production de thé au monde. Dans ce relief escarpé et sur des centaines d'hectares, les plantations de thé ressemblent à d'immenses mosaïques vertes soigneusement entretenues.

Détenue principalement par le géant indien TATA, l’industrie fait travailler 30 000 personnes, soit la moitié des habitants de la region. Il faut planter, tailler, faire la cueillette, secher les feuilles, les trier, les broyer, puis empaqueter le tout et l'expedier aux 4 coins du monde. Nous avons passe la premiere journee de trek au milieu des plantations. Un spectacle inoubliable.

Nous avons, la premiere nuit, ete accueillis dans la belle-famille de Mano. A vrai dire, je n'avais pas compris que nous passerions la nuit la et non pas chez Mano lui-meme (ou se trouvait mon sac a dos, avec toutes mes affaires!). Heureusement, j'ai en permanence dans le petit sac a dos qui ne me quitte jamais un kit de survie -ideal dans ce genre de situation: un stick anti-moustique, une lampe frontale, un tube d'ecran total, une paire de boules Quies, un bon bouquin, un petit canif et une paire de chaussettes pour le froid.

La maison fait partie d'un petit hameau qui me fait penser au village que decouvre Mowgli, dans le Livre de la Jungle. De petites huttes au toit de chaume, entourees d'une foret luxuriante ou des singes se balancent de branche en branche. Les femmes portent sur leurs hanches de petits bebes ou de lourdes jarres d'eau. Le soir, autour du feu, Mano nous raconte des histoires d'elephants et de tigres mangeurs d'enfants. La maison compte 3 pieces: une grande, une petite, et la cuisine. Pas d'electricite, pas d'eau courante, on cuisine au feu de bois.
On mange assis sur des nattes, avec les doigts de la main droite. Pas evident au debut -surtout le riz- mais a force d'en mettre partout on apprend tres vite.
Dans la repartition des chambres, j'ai ete relativement chanceuse. On m'a installee dans la petite piece, avec la grand-mere. Le malheureux Suedois a, lui, herite du reste de la famille (dont le bebe qui a pleure toute la nuit). J'ai dormi a meme le sol, tout habillee, pelotonnee dans une grosse couverture qu'ils m'avaient pretee. Il faisait glacial.
Le matin, la vieille et moi nous sommes levees a l'aube pour preparer le petit dejeuner pour toute la famille: des dosas (crepes a la farine de lentilles) avec un dhal qui aurait ete delicieux si elle n'y avait genereusement ajoute 6 piments et une bonne vongtaine de gousses d'ail. C'est la que j'ai regrette de ne pas avoir ajoute, dans le kit de survie, une brosse a dents...

Apres avoir embarque les restes du petit dejeuner pour le pic-nic, nous sommes repartis, vers les villages "de tribu" comme ils disent ici. La majorite d'entre eux ne sont accessibles qu'a pied. Ils n'y avaient plus vu un blanc depuis plus de 6 mois. Les enfants nous accueillent en hurlant de joie, "Blancs, blancs!", ils sont tout fous. Les plus petits d'entre eux se balladent tout nus. C'est encore plus precaire qu'au Nepal. Il n'y a pas de toilettes, meme pas un trou. C'est incroyable de voir ca a seulement un jour de marche d'une ville comme Munnar.
Entre les villages, de gros travaux sont effectues, principalement des bassins pour recueillir l'eau durant la saison des pluies. Des centaines d'hommes et de femmes creusent, armes de pelles, de sceaux et de bassines. Pas de pelleteuse, tout est fait a la main. C'est tres impressionant.

Malheureusement, ce deuxieme jour, apres 5 heures de marche et deux joints bien charges, la lopette suedoise a declare forfait. Il ne voulait plus entendre parler de trekking. Pas moyen de le faire changer d'avis. Nous n'avons donc eu d'autre option que de rebrousser chemin. Comme c'etait encore trop dur, des le village suivant, nous avons embarque dans un camion tout colore, comme on pourrait en voir dans les dessins animes, d'autant que celui-ci transportait une cargaison de chou puant. Il nous a deposes juste devant la maison de Mano, ou ses trois enfants nous accueillis, tout contents de nous voir rentrer un peu plus toit que prevu.

Malgre un petit gout de trop peu, j'y ai passe une super soiree, a discuter avec son epouse, pendant que les enfants me montraient leurs cahiers et leurs dessins. Sur la photo, on peut voir que la petite fille a de gros points noirs dessines sur le visage. C'est une pratique courante ici, afin de rendre les enfants moins beaux qu'ils ne le sont en realite, histoire de ne pas s'attirer la jalousie du mauvais oeil.

Le troisieme jour, nous avons abandonne a son triste sort notre compagnon, pour parcourir le parc national un peu plus loin. Nous avons eu la chance d'y voir des bisons, plein de singes, mais surtout 4 gros elephants avec leurs 2 petits. C'est vraiment fascinant de les voir dans leur element naturel, detruisant arbres et chemins sur leur passage -meme si ca fait un peu peur aussi...

Ce trekking m'aura fait le plus grand bien. Le fait de passer autant de temps avec un Indien hors du commun m'a aussi appris plein de choses que je ne savais pas encore sur les us et coutumes locaux, principalement la situation de la femme et la vision qu'ont les Indiens des Occidentaux. Tres interessant, pas toujours rejouissant...

samedi 29 novembre 2008

Fort Cochin


Kochi (ou Cochin, ou Fort Cochin) est une ville pas comme les autres. Elle est formee de toute une serie d'iles, reliees entre elles par des ferries. C'est ici qu'est concentree une grande partie de l'activite culturelle du Kerala, et, au detour d'une ruelle, il n'est pas rare de tomber sur une petite galerie d'art, avec expositions de photos, de peinture et d'art pictural parfois tres avant-gardiste... Tous les soirs, on peut assister a des concerts de musique classique ou a des spectacles de danse. Partout, de petits cafes branches, ou l'on sert des plats bio a l'occidentale : quiche aux epinards, toasts de pain complet, gateau aux carottes, etc etc. Un vrai plaisir.
Mais Kochi, c'est aussi le plus grand port du Kerala. Des camions debordants de marchandises debarquent sacs de the, d'epices ou de piments qui seront ensuite charges sur de gros containers. Dans le port, des pecheurs vendent leur poisson, que l'on peut ensuite faire cuire, a sa mode, dans un des petits restos le long de l'eau. Entre les iles circulent d'immenses cargos et, au large, on apercoit meme des navires de guerre. Il y a une ambiance du tonnerre.

C'est ici, sur la Cote de Malabar, qu'a debarque, en 1502, Vasco de Gama. La ville, auparavant, avait deja ete decouverte par les Chinois et les Arabes qui y ont laisse quelques traces (entre autres les immenses filets de peche -carrelets-, toujours presents, manipules par 5 a 8 hommes a la fois, et qui sont l'embleme de la villle). Une grosse communaute juive, fuyant les persecutions, y avait aussi trouve refuge. Tres vite, les Portugais, realisant la richesse de la region, et avec l'appui des Rajas du coin, y ont ouvert un comptoir. Par la suite, ils ont entame une grande campagne de christianisation, qui a d'ailleurs ete fort efficace. La majorite des Juifs se sont enfuis (!) et actuellement, 20% de la population du Kerala est chretienne. Partout, d'ailleurs, fleurissent de petites chapelles, tout aussi kitsch que leurs temples hindous. Au 17eme siecle, ce sont les Hollandais qui prennent le controle de la ville suivis, 150 ans plus tard, par les Anglais. On trouve donc des temples hindouistes, des palais hollandais, des eglises et une maison du cure, des restos chinois, une charmante synagogue au milieu du quartier juif, et le matin, on est reveille par le chant du muezzin. Ces vagues successives ont permi un essor exceptionnel de la ville qui est devenue l'un des plus grands centres du commerce d'epices.
Autant dire que la ville est riche, culturellement, architecturalement, et riche tout court!
Il y regne une ambiance comme nulle part ailleurs en Inde, tellement relax... J'ai adore me ballader dans le port, assister au chargement de ces enormes sacs d'epices, aller d'ile en ile dans les ferries, explorer la plage deserte, boire un bon cafe avec des petits biscuits, flaner dans les expos, prendre le temps de parler avec les Indiens des attentats de Bombay. Une bonne bulle d'air et de chaleur avant d'affronter le "grand froid" des plantations de the et d'epices. J'espere y faire un peu de trekking, voire visiter un ou deux parcs nationaux (pour voir des elephants ou meme un tigre!), ca dependra de mes rencontres. Pas de nouvelles avant quelques jours donc!

vendredi 28 novembre 2008

Emotions...

J'ai passe une apres-midi vraiment bizarre. On se serait cru dans un film d'Almodovar.

Ce midi, j'ai croise une Espagnole avec qui j'avais suivi un cours de cuisine a Varkala. Elle etait dans un etat pas possible, car elle venait de recevoir un sms annoncant l'enterrement de son ancien amoureux d'ici une semaine. Rien de plus. L'horreur. Et manifestement, meme si c'etait son ex, ils etaient encore tres tres proches, et elle le considerait toujours comme etant l'homme de sa vie.
Avec le decalage horaire, impossible de joindre qui que ce soit. Elle etait completement paumee, mais tres courageuse en meme temps. Le pire c'est qu'elle n'avait aucune information, elle ne savait pas ce qui etait arrive, et elle etait toute seule ici... Completement sous le choc. Elle a tout essaye, elle a appelle partout, meme les pompes funebres et le crematorium, personne ne pouvait lui en dire plus. Au bord de la crise de nerfs.
Que peut-on dire dans de telles circonstances?
Sa tristesse et son angoisse ont deteint sur moi, forcement.
Et puis finalement, elle a recu un autre sms.
C'etait une blague. Une BLAGUE!!! Il lui avait fait croire lui-meme qu'il etait mort!
Autant dire que son ex, il peut toujours rever, elle ne reviendra plus. Enfin, j'espere...

Alors ca en plus des attentats a Bombay, ca fait beaucoup... Il y a un climat de grande tristesse, ici. Je suis tellement desolee pour ces malheureux Indiens qui realisent que les touristes vont avoir peur de venir en Inde, et couper ainsi une enorme partie de leurs revenus. Pour eux, ces attentats, c'est une veritable catastrophe. Ils sont tristes, revoltes, indignes. Se sentent injustement punis. Alors que Bombay est a pres de 2000 km d'ici. C'est comme si les attentats de Madrid empechaient un Indien de venir a Bruxelles!

A eux non plus, je ne sais pas trop quoi dire...

Mais une fois de plus, je me dis que j'ai beaucoup de chance, et que, ces temps-ci, l'herbe est plus verte dans mon jardin que chez n'importe qui d'autre...


La journee avait pourtant bien commence...
J'ai explore ce matin les fameux backwaters, qui sont une serie de canaux, de lagunes, de lacs et de rivieres d'eau saumatre, formant un reseau de pres de 1500 km a travers le Kerala. Ils ont été constitues, naturellement et artificiellement, par l'action des vagues de la mer d'Oman, puis par les habitants, qui les ont mis a profit pour developper un systeme de transport et de vie tout court. Plutot que l'option touristique, dans un bateau tout propre rempli de blancs avec un appareil photo, j'ai opte pour la version locale : le ferry. J'ai fait le calcul, ca me revenait 350 fois moins cher! Deux heures et demi de bateau a travers la mangrove, les petits villages et les rizieres, c'etait vraiment magnifique. Avec tous les petits canaux et les arbres plantes au bord, il y a meme des moments ou ca ressemble a la route entre Bruges et Damme... Ici, on vit sur d'etroites bandes de terre, larges parfois de quelques metres a peine. Mais malgre ca, ils parviennent a elever vaches, cochons, poulets, et a cultiver de minuscules potagers. A perte de vue, tout autour, des rizieres. La mangrove envahit les canaux eux-memes, leur donnant une jolie couleur verte, et les lacs sont bordes de palmiers. ca et la, des bancs de nenuphars et de jacinthes d'eau ponctuent le vert d'un peu de rose. Des milliers d'oiseaux s'envolent a notre passage. On dit meme que des crocodiles peuplent certaines zones... En chemin, on assiste au chargement des noix de cajou et de coco, sur de grosses peniches. Parfois, on croise meme une embarcation traditionnelle, avec d'immenses voiles et une proue sculptee.

Le Lonely Planet ne s'etait donc pas trompe... C'est peut-etre bien une des 10 choses a voir dans une vie...

mercredi 26 novembre 2008

Bain de boue

Si le Kerala est repute pour ses Backwaters, ses plages inexplorees, ses plantations de the et d'epices, il l'est tout autant pour ses therapies ayurvediques, ses cours de yoga, de reiki, de taichi, pour ses massages divers, ses bains d'algues ou de lait de coco et ses oins corporels en tous genres...
C'est neanmoins a un bain de boue que j'ai eu droit...
Depuis quelques jours deja, le ciel se faisait souvent menacant, avec des pluies diluviennes qui survenaient a n'importe quel moment, mais ne duraient en general que quelques heures. Certains parlaient neanmoins de mousson tardive... En quittant Auroville (via Pondichery), cependant, la pluie, cette fois, ne s'est pas interrompue. En embarquant dans le bus, j'etais deja trempee. Avec les trous dans sa carcasse rouillee et ses fenetres non hermetiques, ca n'a fait qu'empirer. Ca degoulinait litteralement a l'interieur. Au bout de 2-3 heures de pluies torrentielles, nous avons fini par nous arreter. La route etait impraticable. Noe dans son arche ne devait pas avoir une vision tres differente de celle que j'avais depuis la fenetre; des torrents de boue devalaient la rue, emportant tout sur leur passage, les rares passants avancaient peniblement, de l'eau jusqu'aux cuisses, et des objets les plus divers derivaient au gre du courant.
Apres 45 minutes de ce spectacle, le bus a pu redemarrer. Nous avons au bout du compte mis 24 heures pour arriver au lieu de 14. Je commence a avior l'habitude. Et on est arrives indemnes. J'etais finalement plutot contente. Par contre, quand j'ai voulu recuperer mon sac a dos, j'ai realise l'etendue du drame... La boue avait submerge la soute du bus, et mon sac a donc baigne durant une bonne vingtaine d'heures. Tout avait trempe dans cette fange immonde : mes vetements bien sur, mais aussi mes livres, les cadeaux que j'avais achetes, la trousse de toilette, la moustiquaire, mes chaussures, meme ma pharmacie. Un desastre de crasse et de puanteur. Sans compter l'etat du sac lui-meme... Une bonne partie de son contenu a vole directement a la poubelle. Ce sera deja ca en moins a trimballer. Le reste, trois jours plus tard et apres deux recurages intempestifs, seche petit a petit mais sent toujours aussi mauvais.
Heureusement que ca survient maintenant. Il y a deux mois, j'en aurais ete malade. Maintenant, meme si ca m'a fait franchement raler, je relativise, et ca m'a meme valu un fou rire avec ma nouvelle copine (une Hollandaise super chouette, rencontree apres avoir laisse a Auroville l'Espagnol avec qui j'aurai voyage pres de trois semaines).
Je suis maintenant au point le plus austral de mon periple, a Varkala, dans le Kerala. Plage de reve, au bas d'une falaise impressionnante, bungalows sous les cocotiers, plein de restos, quelques pecheurs, beaucoup de touristes. C'est loin de l'Inde authentique comme on l'imagine a priori. Parfait pour trois jours. Plus, ca devient monotone... Il me reste donc un gros mois pour retourner a Delhi. Je compte remonter peu a peu la cote Ouest, vers les Backwaters (le Lonely Planet dit que c'est une des 10 choses a voir avant de mourir... Quelqu'un connait les 9 autres?), puis Fort Cochin. Un petit peu de trekking dans l'arriere-pays, entre les plantations de the et d'epices, puis les villes sacrees de Mysore et Hampi, et retour vers les plages inexplorees de Gokarna avant d'affronter celles, nettement plus animees, de Goa, pour finir a Bombay ou je compte arriver vers le 17 decembre. Pour Noel, j'ai longtemps hesite, mais finalement, j'ai decide de retourner a Calcutta. Il est evident que je me serais mieux amusee a Goa, a deguster des brochettes de gambas puis faire la fete toute la nuit sur la plage, mais je pense que j'aurai eu mon compte de bonnes choses et de plaisirs futiles. Et puis, s'il y un jour par an ou l'on peut donner un peu de sa personne, c'est bien a Noel. Je serai bien plus utile dans les bidonvilles qu'autour d'un feu de joie. Par contre, afin d'eviter de traverser l'Inde part en part a deux reprises en une semaine, je me suis offert le luxe de faire le trajet Bombay-Calcutta (le 21/12) puis Calcutta-Delhi (le 28/12) en avion. Ce ne doit pas etre un calvaire non plus... A Delhi, j'aurai un peu plus de 24 heures, peut-etre en profiterai-je pour faire un detour par Agra et voir enfin le Taj Mahal? Sinon, j'aurai au moins un bon pretexte pour revenir...