lundi 10 novembre 2008

Mere Theresa



J'avais pense passer deux jours a Calcutta, j'y suis restee plus d'une semaine.
Le boulot de volontaire chez les Missionaires de la Charite m'a passionnee. C'est tres tres dur, pire que ce que j'ai jamais vu ou fait, mais c'est une experience inoubliable.
La journee commence par une messe, a 6 heures, a la maison de Mere Theresa. Malgre mes convictions religieuses mitigees, ce sont des moments incroyables. Toutes ces soeurs en sari blanc raye de bleu, c'est tres emouvant. Il y regne une ferveur, une Foi, presque palpables. Elles viennent de partout, il y a de grandes Noires, de freles Asiatiques, de robustes Americaines, des Latinos trapues, quelques Europeennes et plein d'Indiennes. Il y en a de tres jeunes et de tres vieilles, et ont toutes decide de consacrer leur vie aux pauvres parmi les pauvres. Elles ne communiquent avec leur famille que par courrier postal. Une fois tous les 10 ans, elles ont le droit d'aller leur rendre visite. Le reste du temps, elles sont sous les ordres des Missionaires de la Charite, qui peuvent les envoyer du jour au lendemain n'importe ou dans le monde. Pauvrete, chastete, obeissance et devouement aux misereux regissent leur vie. Ca m'impressionne beaucoup.
Apres la messe, tous les volontaires dejeunent ensemble. Une banane, une tranche de pain sec, un the au lait. Il y a en general une tres bonne ambiance. Ici aussi, il y a des gens du monde entier; ces 3 meres de familles americaines, obeses; ce culturiste canariote, bras et jambes impeccablement bronzees et epilees, qui arbore fierement ses muscles surdeveloppes dans des marcels qui seraient beaucoup trop petits pour moi; ce couple d'Espagnols qui vient chaque annee, laissant aux parents le soin de s'occupper de leurs 3 gamins; cette Francaise, une vraie mordue, qui ne peut s'empecher d'a chaque fois plaquer son nouveau boulot en France pour revenir ici; ces deux infirmieres italiennes qui ne cessent de retarder leur retour a la maison at qui trainent ici depuis des mois, incapables d'abandonner le navire; il y en a des dizaines. Mais ceux qui m'impressionnent le plus, ce sont ceux qui ont plaque leur carriere, leur vie amoureuse, tout, pour venir vivre ici. Comme cet Italien, manifestement brillant, qui a tout abandonne. En rentrant une fois par an en Italie, et en vivant simplement, il a calcule qu'il pourrait encore tenir sur ses economies durant 3-4 ans. Ces gens travaillent comme des dingues, dans l'ombre, pour des causes completement desesperees. Quelle humilite. Et si les motivations de chacun sont differentes, parfois purement religieuses voire expiatoires, je ne peux que leur temoigner mon plus grand respect et mon admiration. On se sent tout petit, a cote de ce genre de personnages.
Apres le petit dejeuner, chacun va rejoindre son lieu de travail. Le matin, je suis a Prem Dan, un des plus grands centres a Calcutta. Il se trouve dans le quartier ou a ete tourne "La Cite de la Joie", pres de la gare de Park Circus, et accueille environ 500 patients adultes, semi-chroniques. Ce qui, concretement, veut dire qu'ils y restent relativement longtemps avant d'y mourir.
L'aile des homme et celle des femmes sont separees, tout comme les volontaires qui y travaillent.
Les hommes ont le droit d'aller dans la cour, mais pas les femmes. Elles ne sortent donc jamais. Elles sont reparties dans 2 immenses dortoirs ou s'alignent leurs petits lits de camp. Beaucoup y restent allongees toute la journee, trop faibles, trop maigres pour meme etre capables de s'asseoir. Les draps, comme les vetements, sont les memes pour tout le monde. Quand elles arrivent au centre (souvent de la rue, ou alors elles sont deposees devant la porte), elles sont recurees de haut en bas, et on leur rase la tete, pour eviter les poux (mais il y en a quand-meme, plein plein plein... Je sens que je vais revenir pleine de nouveaux amis!).
Quand nous arrivons, apres avoir mis notre petit tablier, on fait la lessive. Comme ils changent les vetements et les draps tous les jours, ca fait pas mal de boulot. Du travail a la chaine. Trois volontaires pour laver, 2 pour desinfecter, puis 6 aux 3 postes de rincage, 4 pour essorer et 4 pour pendre le linge.
En general, quand on en est a la moitie, on commence les pansements et les soins "medicaux" aux patientes. Je ne pouvais meme pas imaginer que de telles plaies pouvaient exister. Ca coule, ca pue, ca suppure, ca s'infecte, ca necrose, ca grouille de vers, c'est horrible. Les moyens dont ils disposent, tout comme leurs connaissances medicales, sont reduites au strict minimum. Quand on ne s'en sort plus, on coupe. Et on espere que l'infection ne montera pas plus haut. Parfois, aux patientes qui ne mangent ni ne boivent plus depuis qqs jours, on place une perfusion dans laquelle ne coule en general que du serum physiologique. Il y a bien un medecin indien qui vient, mais une fois par semaine pour 500 patients, ce n'est pas grand'chose.
Ce qui est inacceptable, c'est le manque de moyens qui fait que des gens, meme jeunes, avec une infection curable meurent, faute de moyens diagnostiques et therapeutiques. Ils meurent non pas de leur maladie mais de la misere dans laquelle ils vivent. C'est terrible.
Apres les soins, on a une petite pause pour le the entre volontaires. On souffle et ca fait du bien. Ensuite, on sert les repas. Du riz, et un curry de legumes. Pas de couverts, on mange avec les mains. Souvent il n'y a pas assez. Elles demandent plus et il faut dire non. Beaucoup d'entre elles ne savent pas manger seules. Il faut les nourrir (a la cuiller), envers et contre tout. Si elles ne savent pas s'asseoir, pas grave, on leur la becquee couchees (si mes copines de l'equipe de deglutition me voyaient...). En general quand vient l'heure de la vaisselle, je m'y precipite, preferant ne pas voir ces pauvres femmes qui avalent leur riz de travers... J'ai bien essaye d'expliquer que pour manger il vaut mieux etre assis, il est difficile de faire changer les choses ici.
L'apres-midi, c'est la meme chose, mais encore pire, si ca peut exister.
C'est Khalighat, le premier mouroir cree par Mere Theresa. C'est minuscule. Il fait chaud, sombre. La lumiere du soleil n'entre jamais, et les patients, une fois la-bas, y sont en general pour mourir. "Mais au moins, ils ne meurent pas comme des chiens dans la rue", me disait un volontaire. Il faut le voir comme ca, pas le choix. Ils ont ce regard hagard, perdu, des yeux immenses dans leurs visages emacies. Le boulot la-bas est un peu le meme, sauf que la, presque tous les patients sont couches toute la journee. Il n'y a meme pas de draps. Juste une espece de skai, qui colle. Il faut leur mettre la panne, les nourrir, parfois juste s'asseoir a cote d'elles. Quelle tristesse de ne pas parler Bengali pour pouvoir les comprendre. Outre la misere dans laquelle elles ont vecu, c'est leur vie tout court qui n'en est pas une. Elles ont ete abandonnees, violees, battues par leurs pere ou mari. L'une d'elles est arrivee brulee au 3eme degre apres que son mari ait tue leurs 2 enfants puis lui jete une casserole d'eau bouillante a la figure pour la chasser. Que repondre a ca? Elles sont dignes, ne pleurent jamais. D'autres sont completement folles. Repetent les memes phrases a longueur de journee. Crient, parfois, sans raison. Il est difficile de decrire une telle horreur. Je n'ose comparer ma vie a la leur, ni penser a nos problemes quotidiens qui, parfois, et meme s'ils ne sont pas aussi spectaculaires, peuvent nous rendre si malheureux...
Heureusement qu'entre volontaires il y a une ambiance d'enfer. Malgre tout ca on rigole beaucoup. Il y a une solidarite a toute epreuve et des liens super forts qui se creent tres rapidement. Entre les deux sites, on prend parfois la fourgonnette avec les novices, qui ont 15-16 ans et qui, tout en recitant leur chapelet, ne pensent qu'a rire...
Au bout du compte, meme si c'aura ete tres tres dur, c'aura ete une experience fabuleuse.
Et ca remet les idees en place...
Et comme le disait une volontaire qui revient chaque annee, finalement, encore plus que pour les autres, c'est avant tout pour soi qu'on va la-bas. Et j'y reviendrai, c'est certain.


vendredi 7 novembre 2008

Surprenante Calcutta!

Decidement, l'Inde reserve bien des surprises...

Ou alors nos prejuges sont-ils tellement infondes qu'elle n'est jamais comme on se l'imagine?

En arrivant a Calcutta, je redoutais le pire; je m'attendais a une pauvrete insoutenable, des gens qui dorment voire meurent dans la rue, des mendiants partout, une salete omnipresente. Bien sur, il y a des femmes avec de petits bebes qui brandissent des biberons vides. Bien sur, il y ces gosses tout crasseux, maigres a faire peur, qui demandent n'importe quoi (roupies, bonbons, manger, stylo, cahiers, parrainages divers etc etc) Et bien sur, la nuit, il y a des gens qui dorment par terre, des vieux, des enfants. Mais pas plus qu'ailleurs, bien au contraire. La ville est propre. Enfin, comparees aux autres.
Son passe colonial en fait une ville un peu a part. Elle a ete capitale des Indes jusqu'en 1912. Les Anglais ont donc logiquement voulu y retrouver une petite Londres. Le long de la Hooghly ont ete construits edifices imposants, larges boulevards, jardins arbores, et meme quelques eglises. C'est incroyable de trouver ca ici.
D'autre part, contrairement aux autres villes, il y a tres peu de tuk-tuk, de motos ou de velos. Les rues sont larges, et il y a meme des feux rouges. Des milliers de taxis jaunes parcourent la ville. Il y a un semblant d'ordre dans la circulation. Seuls les bus, enormes monstres bringuebalants, semblent beneficier de regles qui leur permettent de bruler les feux rouges et de rouler a une vitesse vertigineuse.
Calcutta, capitale culturelle de l'Inde, est aussi un paradis pour les gastronomes. De son passe colonial subsistent des endroits hors du temps, comme le Flury's, ce cafe tenu depuis 5 generations, ou des serveurs en habit impeccable servent sous un gigantesque lustre de cristal des high tea (un the avec des scones chauds, moelleux a souhait) a une clientele heteroclite : riches indiens en famille, expatriees qui s'y retrouvent pour les derniers potins, et quelques touristes comme moi qui savourent autant le veritable cappuccino que l'endroit lui-meme. La politesse y est eccessive ("Good morning, Madam", "Pardon me, Madam", "Thank you, Madam") et semble completement decalee par rapport a la durete de la vie des que l'on en sort. Mais faut-il pour autant se refuser ce genre de plaisir? Partout, dans les rues, dans les restos, on peut trouver des specialites de l'Inde entiere. Je decouvre avec joie la cuisine bengalie (nous sommes au Bengale Occidental) et aussi ce qui m'attendra en descendant vers le Sud.
Ce Sud qui ne semble d'ailleurs plus si loin... Il fait chaud, tres tres chaud meme. Les morphologies ne sont plus du tout pareilles. Sur les marches, les produits changent. On voit apparaitre des ananas, des noix de coco, des aubergines. La cuisine se fait plus douce, les saveurs plus sucrees. On trouve meme du poisson, delicieux, en prime. La mer non plus n'est plus tres loin...
Mais avant d'aller la rejoindre, j'ai decide de m'arreter un peu ici. A force de bouger tout le temps, on attrappe le tournis. Le voyage, surtout seule, est un plaisir terriblement egoiste, et l'on ne vit que pour soi et autour de sa petite personne. Tout ce que j'ai fait jusqu'a present, ce n'etait que dans mon propre interet. Alors meme si ca ne changera rien a la misere qui regne ici, et meme si dans le fond ce n'est que pour ma bonne conscience a moi, je me suis lancee comme volontaire dans un des dispensaires de Mere Theresa. On verra bien ce que ca donnera. Je redoute un peu les bondieuseries (la journee commence par une messe a 6 heures, pour se mettre en forme), et ce sentiment terrible d'amour pour le monde entier que ressentent et partagent genereusement certains volontaires. Quoi qu'il en soit, ca ne peut pas etre une mauvaise experience. Ma premiere journee a ete epuisante mais tres riche. Un peu tot neanmoins pour partager mes impressions. Prochaine rubrique!

jeudi 6 novembre 2008

Et pendant ce temps-la...

La famille Hupin s'agrandit! Le 3 novembre, ma courageuse belle-soeur mettait au monde une petite Elise...
N'est-elle pas ravissante?
D'apres Cecile, elle sent exactement la poupee Corolle, mais elle gigote beaucoup plus!
Difficile de devoir patienter encore deux mois avant de la voir enfin...

mercredi 5 novembre 2008

Aloo Paratha

Premiere lecon de cuisine!
Depuis que j'ai ete malade, la nourriture indienne ne me disait plus rien.
A Varanasi, pas de probleme, j'ai degote un petit cafe qui servait de la soupe au potiron, du pain frais (complet!) et pleins de fromages, de l'Emmenthal, de la Tomme, et meme de Parmigiano Reggiano. Incroyable.
A Bodhgaya, par contre, ca a ete plus difficile. J'ai fait la connaissance d'un type qui travaillait en cuisine dans un petit resto et qui a accepte que je cuisine moi-meme. En echange d'un cours de cuisine italienne, il m'invitait le lendemain a un cours de cuisine indienne. Marche conclu! Dans la foulee, j'ai cuisine pour les autres touristes du restaurant qui ont tous eu droit a des penne rigate alle melanzane...
Pour ceux que ca interesse, voici la recette (illustree) des aloo parathas, galettes a la farine de ble et aux pommes de terre. C'est tres simple a faire mais ca prend un peu de temps. A moins, comme ici en cuisine, d'etre a 4...
1) Preparer une pate a pizza classique (farine, eau, sel, un peu d'huile) en remplacant la levure par du cumin, de la coriandre (en grains) et/ou de la nigelle (ca ressemble a des grains de sesame brulees, on les trouve dans les epiceries asiatiques, meme au Dehaize, je crois) . Ou sinon, pour ceux qui font leur pain regulierement, prelever quelques petites boules de pate (avec de la levure, ca doit marcher aussi, pour une version "aerienne" de l'aloo paratha)
2) Sortir du frigo les restes du stoemp aux patates de la veille, y ajouter de la coriandre fraiche, un oignon et de l'ail en petit morceaux

3) Prendre une boule de pate a pain de la taille d'un petit poing, la faconner en forme de petite coupe que l'on remplit de stoemp puis la refermer delicatement






4) Aplatir cette boule au rouleau a patisserie pour en faire une crepe d'un demi centimetre d'epaisseur (ne pas hesiter a mettre un peu de farine)

5) Faire cuire la crepe (a sec) sur une poele bien chaude (ne pas oublier le combustible...) en l'aplatissant regulierement. La retourner regulierement. A la fin de la cuisson, ajouter un peu d'huile de chaque cote pour qu'elle soit bien doree et la laisser cuire encore quelques minutes






6) Prevoir au moins 2 aloo parathas par personne (c'est tres tres bon) et les servir avec un curry de legumes, voire une bonne soupe maison!

J'offre un repas indien complet a mon retour a celui ou celle qui a tente la recette (photos a l'appui!)

Chhath Puja





Chhath Puja est la celebration religieuse la plus importante pour les Hindous du Bihar (ou je me trouve actuellement, dans la ville de Bodhgaya).
Les festivites qui durent 4 jours sont dediees au Dieu du Soleil, et ont lieu en general une semaine apres les fetes de Dewali. C'est l'equivalent de notre mois de decembre, sauf que ce ne sont pas des jours mais des semaines entieres qui sont feriees... A chaque fois, plusieurs jours durant, toutes les administrations sont fermees, ainsi qu'une grande partie des magasins et gargotes. On enchaine donc la semaine de Daisin (et les sacrifices d'animaux), puis les 5 jours de Dewali (la fete des lumieres, la nouvelle annee Newar, les tikkas entre frere et soeur et les hommages aux corbeaux, chiens etc), puis 4 jours de Chhath Puja. Avant d'entamer la fete, chacun doit respecter 24 a 36 heures de jeun strict (sans eau). Durant ces 4 jours, ces adorateurs du Soleil, principalement des femmes, appelees Parvaitin, doivent dormir par terre sur une simple couverture (mais ca c'est deja le cas pour mal de gens ici...). Les Parvaitin prient pour le bien-etre de leurs familles, leur prosperite et leur progeniture. Le soir de Chhath Puja, les maisons et leurs environs sont nettoyes de fond en comble. Est-ce grace a ca, ou simplement le hasard, mais il regne dans ma guest house une proprete irreprochable. Ca fait vraiment du bien, de temps en temps... Le soir du 3eme jour, toute la maisonnee accompagne le ou la Parvaitin pour un bain rituel. Les hommes portent sur leur tete de lourds paniers charges de fruits, de pain, de bougies, qui seront benis. Ils sont entoures d'amis et de curieux qui, eux aussi, sont la pour se faire benir par la Parvaitin. Des chansons populaires typiques, transmises de meres en filles, sont entonnees lorsque la Parvaitin rentre dans l'eau. Pendant ce temps-la, des gamins que la fete n'interesse pas balancent des petards a qui mieux mieux.

Le spectacle est superbe. Les femmes sont parees de leurs plus beaux atours et l'ambiance est a la fete. Quand tout le monde a ete beni, c'est au tour des aliments qui, ensuite, seront distribues ou manges en famille. Dans la ville, je me vois offrir des petits pains, des bananes, tous pleins de ce pigment orange que les femmes se mettent sur le front.