jeudi 9 octobre 2008

Terrible Gorkha!

Extrait du Lonely Planet:
Rien ne se perd quand on abat un animal et les restaurants newar excellent a accomoder n'importe quelle partie, du ragout de cervelle aux poumons bouillis, en passant par le sang frit. Parmi nos favoris figurent le jan-la (steak cru avec sa peau), le bul-la (marc de vin de riz avec des des de rate et des morceaux d'os), le ty-siah (moelle frite), le swan-puka (poumon farci de pate a frire epicee, puis bouilli, tranche et frit), nappe de cho-hi (sorte de boudin cuit a la vapeur).

Une fois de plus je pense a ces gens qui, durant leurs vacances, partent 2 semaines au Club Med. Piscine, soleil, buffet impeccable. Et il y a des jours ou je les envie...

Quand j'ai quitte Pokhara, c'etait au depart pour aller a Bandipur, charmante bourgade tranquille aux allures presque provencales. C'etait sans compter sur mon voisin dans le bus, un charmant nepalais, qui m'a suggere d'aller plutot a Gorkha. En effet, Gorkha est un lieu sacre qui abrite un des plus beaux et plus grands temples du Nepal, et vu la fete du Daisin, c'est (toujours selon mon voisin), THE place to be ces jours-ci. Changement de programme, donc.

Manifestement, il n'y avait pas encore grand'monde au courant que c'etait la que tout se passait... Quand je suis arrivee dans la ville -par une chaleur moite et etouffante, bien sur- je me suis fait devisager par tous les gens dans la rue. Par chance, je suis parvenue a me faire indiquer l'unique guest house de la ville; a vrai dire, une chambre au-dessus d'une boutique, avec dans la piece a cote, un coq et trois poules. Pas de salle de bains, et une "toilette" commune 3 etages plus bas. Mais ce n'est pas grave vu que je m'apprete a vivre une aventure mystique incroyable (encore selon le gars dans le bus qui, en attendant, etait descendu 20km plus tot).

Malheureusement, si les sacrifices attirent les nepalais, il n'en va pas de meme des occidentaux. J'aurais du mieux me renseigner avant, au lieu de me lancer tete baissee la-bas.
A vrai dire, a Gorkha, durant Daisin, plus de mille animaux (chevres et buffles) sont sacrifies, egorges, puis manges dans les familles ou immoles en l'honneur de la deesse tantrique Durga.

Il y a du sang partout, ca ruisselle; dans la rue, dans les rigoles, sur les vetements des hommes, leurs chaussures, leurs mains. Les gens se balladent avec leur chevre decapitee et sanguinolente. Suivis par les mouches. Et au-dessus de la ville tournoient des vautours. Le pire de tout, c'est cette odeur douceatre qui est partout. Terrible.

Pas d'electricite. A 18h, il fait noir. Je n'ai d'autre choix que de descendre a la boutique ou je passe malgre tout un chouette moment avec une des filles, etudiante infirmiere, qui parle un anglais impeccable. J'en viens meme a etre contente d'etre la.

Puis ca derape. Il n'y a pas de vrai restaurant dans la ville. Invitation a diner dans la famille. Diner de fete. Impossible de refuser. Un assortiment complet de la cuisine newar. On m'accueille avec tellement de gentillesse, dans le salon. Pour chacun, une enorme assiette, debordante de nourriture.

Ils ont mis les petits plats dans les grands, il ne me reste plus qu'a faire honneur a tout ce qu'ils ont prepare cette apres-midi -et qui en attendant, est servi froid-. Tous assis par terre, pas de couverts, on mange avec les doigts. Ca degouline un peu, mais c'est cadet de mes soucis. J'ose a peine demander ce que l'on mange exactement. Je reconnais vaguement des morceaux de rognons, du lard bien gras, la consistance elastique de l'estomac (depuis une experience similaire au Chili...), du sang cuit. Le pire, c'est le reste, ce que je ne parviens pas a identifier... Il faut bien qu'on fasse quelque chose de toutes ces chevres egorgees... Apres avoir vu leurs tetes tomber le matin, les manger le soir, c'est un supplice. Pour accompagner ca, du pain (frit), des pommes de terre (frites), des kroepoeks, du ketchup, des piments. Tant bien que mal, j'essaie de manger un peu mais ca cale, d'autant que le repas est ponctue de rots tonitruants, de raclements de gorge et d'autres bruits en tout genre. Je suis au bord du fou rire. Voyant que ca cale un peu, un des fils arrose genereusement mon assiette de lait froid, histoire de mieux faire passer le tout. Je m'en suis sortie tant bien que mal, je n'ai meme pas ete malade, mais, malgre l'experience ethnique fabuleuse, je me suis jure que jamais plus je n'accepterais une invitation a un repas de fete dans une famille newar...

mercredi 8 octobre 2008

Pokhara Suite et fin

Dernieres journees a Pokhara.
Petit dejeuner au bord du lac. Chaises en metal blanc, petits coussins roses, du vrai cafe, soleil levant sur le lac. Que demander de plus apres 2 semaines dans la montagne?
Mais a part ca, pas grand'chose a faire de plus... On glande en recroisant toutes les tetes rencontrees lors du trek; le duo australo-americain qui buvait des bieres au lever du soleil pour feter notre arrivee au Camp de Base des Annapurnas; le beau philosophe irlandais avec son short a fleurs; ce couple d'Israeliens qui, persuades que je venais de Jerusalem, ne comprenait pas pourquoi je leur parlais en anglais; ces 3 Australiens avec qui j'ai passe une soiree delirante; cette douce allemande que je retrouve ou que j'aille, etc etc etc. Chacun vient trouver ce qui lui a manque: bieres, steak, cafe, milk-shakes, machines a laver, frites, incroyable tout ce que l'on peut trouver ici. Tout le monde raconte ses histoires de trekking, on rigole, on s'amuse, mais 2 jours ca suffit.

D'autant que l'on est en pleine effervescence. C'est Daisin, la + grande fete religieuse (hindousite) au Nepal. Le rituel veut que l'on sacrifie des animaux, chevres, moutons, buffles, poules. Toutes ces petites chevres qui paissaient gentiment dans la montagne vont donc se faire zigouiller ces jours-ci. Hier, en prenant mon the, j'ai malgre moi assiste au sacrifice de 2 d'entre elles. Egorgees. Je n'ai plus touche a mon petit dejeuner et ai saute dans le premier bus pour Bandipur (ou je ne suis finalement arrivee que ce soir...) Je raconterai mon detour par Gorkha la Terrible des que possible. La connection internet est plus que compromise ici.

mardi 7 octobre 2008

Sacres Annapurnas 2eme partie (Camp de Base des Annapurnas)

Sacres Annapurnas 2eme partie: Camp de Base des Annapurnas
Etant donne que nous sommes alles plus vite que prevu pour faire le tour des Annapurnas, j'ai donc decide d'enchainer immediatement avec le trek vers le Camp de Base des Annapurnas, ou Sanctuaire des Annapurnas. Mon compagnon de route, epuise, et apres moult tergiversations, a decide de ne pas m'accompagner mais de rejoindre Pokhara et toutes ses tentations. Dans le fond, ca faisait bien mon affaire. J'avais envie de me retrouver seule, de pouvoir avancer a mon rythme.

Mais c'est certain que le trek toute seule, c'est nettement plus l'aventure... Tout devient plus complique mais en meme temps plus rigolo. On ne peut raler que sur soi-meme quand on se perd. On peut choisir quand on s'arrete, combien de temps, et si la pause "the et biscuits" se transforme en lunch, c'est bien aussi. Ca s'est un peu corse lors des passages dans la jungle. Des ennemis partout! Les sangsues, d'abord, qui se laissent insidieusement tomber des arbres puis se faufilent sous le t-shirt ou dans les chaussettes. Je les deteste. Les insectes, ensuites; moustiques, araignees geantes, grillons qui font tellement de bruits que ca en devient assourdisant (je comprends mieux ces pauvres patients qui souffrent d'acouphenes...). Les singes, enfin. Partout, je les entendais crier, sans jamais les voir. Je craignais de me faire attaquer et voler mes derniers biscuits, et c'est a peine si j'osais faire une pause-pipi, de peur de me faire violer par un gros babouin. Bien decidee a me defendre en cas d'attaque, je n'ai rien trouve de mieux que de m'armer d'un gourdin (completement parano, la fille). Tres satisfaite de ma trouvaille et toute a mes pensees defensives, je n'ai pas vu l'embranchement sur la gauche et me suis peu a peu enfoncee dans des chemins de + en + petits, jusqu'a ce que je me retrouve les 4 fers en l'air dans la boue! Je n'ai pu m'empecher d'eclater de rire, assise dans la gadoue, armee de mon gourdin, perdue dans le brouillard de cette foret compacte. Heureusement, tout s'est vite arrange, j'ai retrouve mon chemin, j'ai abandonne mon gourdin, je ne me suis pas fait attaquer par les singes, j'ai evite les sangsues, et j'ai continue ma route, toute contente d'avoir survecu a cette grande aventure (!!!).

Au matin du 3eme jour, lever vers 4 heures pour partir, avec mes compagnons australo-americains, sous le ciel etoile (plein d'etoiles filantes, plein de voeux), pour atteindre le Camp de Base des Annapurnas. Lever du soleil face a ces montagnes spectaculaires, tres impressionnant. Tous les moments difficiles du trek sont oublies face a tant de beaute. En plus, nous avons eu de la chance, car en redescendant vers le camp de base du Macchapuchre, un peu plus bas, le brouillard est tombe et l'on y voyait plus rien. Ca donnait une petite touche nostalgique, genre fin de trekking... Les 3 derniers jours ont ete pourtant tres riches. Quand on marche seule, on parle a tout le monde, on a le temps de reflechir, aussi.
Et comme je passais par une route moins frequentee, les gens etaient tout contents de voir arriver une marcheuse. A vrai dure, les Nepalais, et plus encore les Nepalaises, sont de grands bavards.
En general je n'etais pas assise depuis 5 minutes qu'on venait me parler, surtout les femmes. Et c'est comme ca que, petit a petit, et sans rien demander, je suis entree dans l'intimite des familles. Ca commencait en general par la presentation des enfants, voire de la grand-mere, puis on me montrait les photos de famille, et souvent ca se terminait dans la cuisine. Tout ce que j'aime, quoi...

Neanmoins, vers la fin, je sentais qu'il etait temps que je rentre a Pokhara. Mes 2 t-shirts et mes 3 paires de chaussettes teanient debout tout seuls, le reste de mes vetements etait humide, ma serviette puait le moisi, et moi, j'etais dans un etat de crasse rarement atteint. Mais malgre tout ca, malgre aussi l'humidite et la chaleur, la route a travers les rizieres et les champs de millet m'a semblee tellement belle. Et puis quel bonheur de retrouver Pokhara et tout le confort qu'offre la vie en ville...
Au total, 280 km parcourus dans l'Himalaya, plus de 6000 metres de denivele postif, quelle belle aventure! Je remets ca tout bientot, dans le Langtang et l'Helambu, avec Baptiste qui arrive dans 5 jours (si vous avez des colis a me faire parvenir, c'est le moment :
baptistehupin@hotmail.com, ou 0478/54.35.85)

lundi 6 octobre 2008

Sacres Annapurnas! 1ere partie (Annapurna Circuit)

Dix jours! Il ne nous aura fallu que 10 jours pour faire le tour des Annapurnas!

Nous avons brave le froid, le chaud, les sangsues, la neige, les escaliers interminables, les anes assassins, les glissements de terrain, et tous les Nepalais qui nous repetaient "Slowly, slowly!".
Mon compagnon de voyage s'est finalement avere etre un co-equipier hors pair; gentil et respectueux envers tous, ingenieux, genereux, et, ce qui n'est pas negligeable, bon marcheur, courageux et increvable (quoique sur la fin...). Je n'en esperais pas tant. Le duo de choc que nous formions a donc pu avancer bien + vite que prevu, ce qui m'a permis, une fois le trek termine, d'enchainer immediatement avec le trek du camp de base des Annapurnas (ou Sanctuaire de l'Annapurna).
Comme le trek commence tres bas (Besisahar, 790m), et passe relativement haut (col du Thorung La, 5416m), nous sommes passes par une grande variete de temperatures et de paysages; rizieres a perte de vue, champs de ble, de mais et de cannabis, foret vierge et foret de sapins, plaines arrides garnies de rares buissons, puis carrement la neige! Et, tout au long du chemin, porteurs surcharges, ponts branlants, petits drapeaux tout en effilochades, temples, stupas et moulins a priere (toujours passer a gauche, comme dans Tintin au Tibet). Nous avons eu la chance de ne souffrir ni du chaud, ni (trop) du froid (mon experience au Mont Rose m'a suffi pour cette annee!), ni du mal des montagnes, ni d'une quelconque autre maladie qui aurait pu gacher le trek. Le seul probleme dont nous ayons vraiment souffert, c'est un parasite dont nous n'avons pu nous debarasser qu'au bout de 3 jours, Billy from Vermount, qui nous a empoisonne l'existence a force de se plaindre continuellement et dont les sujets de predilection etaient le poids de son sac a dos et le prix exorbitant (a ses yeux) de la nourriture. Ca nous a valu quelques fous-rires, et de toute maniere, apres 3 jours, il a continue de son cote, avant qu'un incident ne se produise.

Nous avons passe le fameux col du Thorung La le 27 septembre, plus facilement que nous ne l'esperions. A vrai dire, le gros de la montee avait ete effectuee la veille car nous avons eu la chance de tomber, dans le dernier village ou tout le monde passe la nuit sur un petit ecriteau "Tea House and Bakery, 40 minutes". Apres plus d'une heure de marche dans 30 cm de neige, et sans plus trop y croire, nous sommes tombes sur une cabane de pierre, a un peu plus de 5000m d'altitude. A l'interieur, tout sourire, un Nepalais et sa petite radio. Il nous a arrange l'unique chambre qui etait sale, froide, puante -les draps n'avaient pas du etre changes depuis la saison precedente- mais nous etions tellement heureux de pouvoir passer la nuit la que ca n'avait pas la moindre importance. Il etait tot encore, et comme ca faisait plusieurs jours qu'on parlait de faire un bonhomme de neige afin d'utiliser de maniere intelligente les carottes que je trimballais dans mon sac, on s'est mis au travail. On a construit un superbe bonhomme de neige, ce qui a beaucoup amuse notre hote -et nous aussi d'ailleurs. Le reste des carottes a fini dans la soupe aux nouilles. Plus tard, un autre Nepalais nous a rejoints et nous avons passe la soiree a quatre, dans cette cabane glaciale, tout ivres d'altitude, a rigoler en essayant de parler mi-nepalais, mi-anglais, et a tenter de se rechauffer en buvant du the. La nuit a finalement ete moins froide que prevue, meme s'il faut preciser que durant 2 jours (et 2 nuits!) je n'ai pas quitte l'ensemble des vetements que contenait mon sac a dos, gants et bonnet compris... Ce qui est certain c'est que cette soiree restera inoubliable!
Le lendemain nous sommes partis tres tot, dans la neige, au lever du soleil, apres un the, une demi Power Bar et quelques biscuits. C'etait tellement beau que la montee au col a paru toute facile, et c'est donc toute heureuse que j'ai pu passer le Thorung La.

La descente, ensuite, nous a menes dans une vallee tres differente, venteuse, seche, avec des villages de pierre et non plus de bois, et des Nepalais au physique plus trapu. Muktinath, la premiere ville apres le col, est un haut lieu de pelerinage et nous avons croise des centaines de pelerins sur la route. Tous nous saluent d'un "Namaste" chaleureux. Au fur et a mesure que l'on redescend, on retrouve de la vegetation, de beaux potagers, et surtout des jardins fleuris comme chez nous; dahlias, cosmos, liseron, belles de nuits, roses tremieres, tagettes, soucis, et, partout, des capucines qui envahissent les murs.
Finalement, au soir du 9eme jour, nous avons atteint Gorephani, debut de retour a la civilisation, ou mon compagnon de route, apres avoir change d'avis 3 fois, a decide de retourner a Pokhara. C'est donc seule que j'ai attaque la seconde partie: le Camp de Base de l'Annapurna.
La suite, demain...

dimanche 5 octobre 2008

Retour a Pokhara



Me voila de retour, un peu plus tot que prevu, aux anges.

Tout s'est passe a merveille, nous avons marche tellement vite qu'apres 10 jours, nous avions fini le trek prevu initialement (Annapurna Circuit), et j'ai donc pu enchainer directement sur le Sanctuaire de l'Annapurna (Annapurna Base Camp).

Plus de details demain, ce soir je fais la fete!