Extrait du Lonely Planet:
Rien ne se perd quand on abat un animal et les restaurants newar excellent a accomoder n'importe quelle partie, du ragout de cervelle aux poumons bouillis, en passant par le sang frit. Parmi nos favoris figurent le jan-la (steak cru avec sa peau), le bul-la (marc de vin de riz avec des des de rate et des morceaux d'os), le ty-siah (moelle frite), le swan-puka (poumon farci de pate a frire epicee, puis bouilli, tranche et frit), nappe de cho-hi (sorte de boudin cuit a la vapeur).
Une fois de plus je pense a ces gens qui, durant leurs vacances, partent 2 semaines au Club Med. Piscine, soleil, buffet impeccable. Et il y a des jours ou je les envie...
Quand j'ai quitte Pokhara, c'etait au depart pour aller a Bandipur, charmante bourgade tranquille aux allures presque provencales. C'etait sans compter sur mon voisin dans le bus, un charmant nepalais, qui m'a suggere d'aller plutot a Gorkha. En effet, Gorkha est un lieu sacre qui abrite un des plus beaux et plus grands temples du Nepal, et vu la fete du Daisin, c'est (toujours selon mon voisin), THE place to be ces jours-ci. Changement de programme, donc.
Manifestement, il n'y avait pas encore grand'monde au courant que c'etait la que tout se passait... Quand je suis arrivee dans la ville -par une chaleur moite et etouffante, bien sur- je me suis fait devisager par tous les gens dans la rue. Par chance, je suis parvenue a me faire indiquer l'unique guest house de la ville; a vrai dire, une chambre au-dessus d'une boutique, avec dans la piece a cote, un coq et trois poules.
Pas de salle de bains, et une "toilette" commune 3 etages plus bas. Mais ce n'est pas grave vu que je m'apprete a vivre une aventure mystique incroyable (encore selon le gars dans le bus qui, en attendant, etait descendu 20km plus tot).
Malheureusement, si les sacrifices attirent les nepalais, il n'en va pas de meme des occidentaux. J'aurais du mieux me renseigner avant, au lieu de me lancer tete baissee la-bas.
A vrai dire, a Gorkha, durant Daisin, plus de mille animaux (chevres et buffles) sont sacrifies, egorges, puis manges dans les familles ou immoles en l'honneur de la deesse tantrique Durga.
Il y a du sang partout, ca ruisselle; dans la rue, dans les rigoles, sur les vetements des hommes, leurs chaussures, leurs mains. Les gens se balladent avec leur chevre decapitee et sanguinolente. Suivis par les mouches. Et au-dessus de la ville tournoient des vautours. Le pire de tout, c'est cette odeur douceatre qui est partout. Terrible.
Pas d'electricite. A 18h, il fait noir. Je n'ai d'autre choix que de descendre a la boutique ou je passe malgre tout un chouette moment avec une des filles, etudiante infirmiere, qui parle un anglais impeccable. J'en viens meme a etre contente d'etre la.
Puis ca derape. Il n'y a pas de vrai restaurant dans la ville. Invitation a diner dans la famille. Diner de fete. Impossible de refuser. Un assortiment complet de la cuisine newar. On m'accueille avec tellement de gentillesse, dans le salon. Pour chacun, une enorme assiette, debordante de nourriture.
Ils ont mis les petits plats dans les grands, il ne me reste plus qu'a faire honneur a tout ce qu'ils ont prepare cette apres-midi -et qui en attendant, est servi froid-. Tous assis par terre, pas de couverts, on mange avec les doigts. Ca degouline un peu, mais c'est cadet de mes soucis. J'ose a peine demander ce que l'on mange exactement. Je reconnais vaguement des morceaux de rognons, du lard bien gras, la consistance elastique de l'estomac (depuis une experience similaire au Chili...), du sang cuit. Le pire, c'est le reste, ce que je ne parviens pas a identifier... Il faut bien qu'on fasse quelque chose de toutes ces chevres egorgees... Apres avoir vu leurs tetes tomber le matin, les manger le soir, c'est un supplice. Pour accompagner ca, du pain (frit), des pommes de terre (frites), des kroepoeks, du ketchup, des piments. Tant bien que mal, j'essaie de manger un peu mais ca cale, d'autant que le repas est ponctue de rots tonitruants, de raclements de gorge et d'autres bruits en tout genre. Je suis au bord du fou rire. Voyant que ca cale un peu, un des fils arrose genereusement mon assiette de lait froid, histoire de mieux faire passer le tout. Je m'en suis sortie tant bien que mal, je n'ai meme pas ete malade, mais, malgre l'experience ethnique fabuleuse, je me suis jure que jamais plus je n'accepterais une invitation a un repas de fete dans une famille newar...